Traveller

Les voyages du Conscience Tranquille : Introduction : Belizo, 352-1104


Nous sommes le 352-1104.
Voilà un peu moins d'un an que Gam, Al, Hans et Kyle ont quitté ensemble le SIEI pour se lancer à l'aventure au gré du hasard, à bord d'un vaisseau de classe Impératrice Marava acheté à crédit, le Conscience Tranquille.


Bienvenue sur Belizo !


Le Conscience Tranquille se trouve actuellement sur Belizo, une planète aux ressources essentiellement agricoles, sur laquelle les personnages sont venus écouler des gaz pour climatiseurs, et surtout chercher une cargaison de tulapama, une particularité de l'écosystème local.

On appelle tulapama la fleur d'une plante herbacée autochtone, le tulapamier, lorsqu'elle est parasitée par une sorte d'insecte indigène, le nidiflore, qui y pond ses ufs entourés d'une masse gluante jaunâtre durcissant rapidement à l'air. Pondue dans la corolle de la fleur bleue-rosée de tulapamier, cette oothèque longue de 4 à 5 cm occupe entièrement l'espace délimité par les pétales, qui dans environ 50 % des cas (cela dépend de la variété de tulapamier) se referment autour d'elle en une réaction "instinctive" (si tant est qu'on puisse parler d'instinct pour une plante). Ainsi isolée de l'air extérieur, l'oothèque reste pâteuse et, tandis que les ufs qu'elle contient se décomposent, ses enzymes agissent sur certaines des molécules de la fleur et entraînent de délicates réactions chimiques. Le résultat final est obtenu au bout de quelques jours et, généralement présenté au cur de sa corolle délicatement ouverte de force, constitue un dessert fortement apprécié de certains gourmets (encore que son goût, assez inhabituel au premier abord, puisse dérouter le néophyte, et que certaines personnes soient irrémédiablement dégoûtées lorsqu'elles apprennent l'origine de ce mets délicat et rare).
Les régions de Belizo qui se prêtent à la culture du tulapamier sont pour la plupart couvertes de champs de cette plante ; quant aux nidiflores sauvages, qui ne suffisaient plus à parasiter les centaines de milliers d'hectares de tulapamier cultivé, on les fait désormais reproduire en captivité (dans des serres spéciales) avant de les relâcher par aéromobile au dessus des cultures quelques temps avant leur période de reproduction.
Toutes les tentatives sérieuses d'acclimatation à grande échelle du tulapamier et du nidiflore ailleurs que sur Belizo ayant échoué, la planète reste la seule source de cette denrée, qui est donc une denrée rare au vrai sens du terme.
Si le tulapama est rare hors de Belizo, il constitue l'une des principales exportations de la planète. Mais sa récolte doit être faite à une époque bien précise, qui correspond à la période de ponte des nidiflores.

Et cette année, tulapamiers et nidiflores sont en retard d'au moins une dizaine de jours sur les prévisions.
Et les personnages, qui sont venus sur Belizo spécialement pour acheter du tulapama, dont ils escomptaient tirer un bon prix en le revendant très cher, se sont retrouvés face à un dilemme : sachant que le tulapama sera bon à récolter dans une dizaine de jours, ils n'ont pas le temps de faire dans l'intervalle un aller-retour avec une autre cargaison, ce qui leur prendrait au moins deux semaines ; ils doivent donc choisir entre attendre sur place, ce qui va entraîner des frais, ou laisser tomber le tulapama pour cette année et repartir avec une autre cargaison, moins lucrative. Bref, la semi-euphorie qui les avait envahis lorsqu'en se posant sur le petit spatiodrome d'Utrarco, ville d'environ quarante mille habitants au cur de la zone de culture du tulapamier (on la surnomme d'ailleurs "Tulapama City"), ils avaient constaté qu'ils étaient les premiers marchands à arriver pour la récolte, donc qu'ils allaient pouvoir acheter le meilleur tulapama, et en grande quantité qui plus est, s'est bien vite dissipée. Après un bref conciliabule, et un examen des données dont ils disposent sur le marché interstellaire local et les cargaisons susceptibles d'être immédiatement disponibles sur Belizo (ici, ou à la capitale Mossapo, où ils ont vendu leur cargaison de gaz), ils ont finalement décidé d'attendre sur place la maturation du tulapama.

Pour tuer le temps pendant la dizaine de jours précédant la récolte, ils ont décidé de partir à la découverte des quelques étendues encore vraiment sauvages de Belizo (c'est-à-dire les zones non agricoles, car difficiles à mettre en valeur : montagnes essentiellement, mais aussi quelques autres milieux d'accès difficile). Négligeant les mangroves sauvages, dans lesquelles ils auraient pu admirer de magnifiques plantes à fleurs apparentées au tulapamier (ainsi qu'un éventail très varié d'insectes hématophages...), ils ont jeté leur dévolu sur un sommet proche, un "petit" 5.000, le mont Terrijo, un volcan culminant à 5243 mètres au dessus du niveau de la mer, à une soixantaine de kilomètres d'Utrarco ; pas la plus haute montagne de la chaîne des Satavels, mais un sommet enneigé relativement technique qui, à en juger par les informations techniques trouvées dans les bases de données informatiques, devrait leur permettre d'assouvir leur passion de l'alpinisme en constituant un défi à leur portée sans être non plus trop facile.
Le mont Terrijo n'est pas un pic inviolé ; c'est même une ascension que la plupart des alpinistes locaux un tant soit peu chevronnés réalisent au moins une fois dans leur vie. Six voies existent pour parvenir à son sommet, et les personnages ont porté leur choix sur la plus délicate. Ils ont décidé de risquer l'aventure sans faire appel à un guide local (guide dont d'ailleurs ce n'aurait pas été le métier, car le très petit nombre de touristes, même au sein de la population locale, et l'éloignement de la plus proche ville (Utrarco), font que les seules personnes qui auraient pu apporter une quelconque aide sont d'autres alpinistes ayant déjà gravi le Terrijo) ; mais ce sont tous les quatre des alpinistes aguerris !

Alors qu'ils montent en marchant à l'assaut des contreforts du Terrijo, les personnages ont la relative surprise de croiser un autre groupe d'alpinistes qui redescend de la montagne. Il s'agit de deux hommes et d'une femme, dont les traits sont en grande partie masqués par leurs filtres respiratoires. La femme, dont l'attitude semble indiquer qu'elle est à la tête du groupe, est une brune aux cheveux courts, de taille moyenne, bronzée, svelte, à l'allure sportive et au port altier. Âgée d'une trentaine d'années (pour autant qu'il soit possible d'en juger sous le filtre respiratoire et les verres solaires), elle est vêtue d'une combinaison d'alpiniste à la mode, dans des tons orange, d'un style pratique certes, mais probablement fort coûteuse. Ses deux compagnons sont moins richement vêtus. Le premier, un homme d'âge mûr au corps musclé et au maintien droit, habillé d'un blouson rouge et d'un pantalon bleu, a des cheveux bruns qui virent au gris. Il se déplace avec une légère raideur, probablement due à la fatigue de l'ascension. L'autre, plus petit et sans doute âgé d'environ trente-cinq ans, est le seul à ne pas porter de verres solaires. C'est aussi le moins bien habillé, même si sa tenue rouge et noire, à défaut d'être classe, est visiblement pratique et confortable. Son visage est fortement marqué par le soleil et les rigueurs du climat, comme celui d'un vieux paysan, et ses yeux, à peine visibles au fond des fentes étroites des paupières, sont gris. Tous trois portent des sacs à dos, un attirail d'alpinisme (cordes, piolets, crampons à glace, etc...), et ont des carabines de chasse en bandoulière (précaution utile, car même si ce n'est pas un évènement fréquent, une rencontre avec l'un des grands prédateurs de la planète n'est pas à exclure).
Ce seront les seules personnes croisées par les personnages lors de leur excursion (même si les pentes du Terrijo portent les traces du passage d'expéditions précédentes, pitons enfoncés dans le roc, cordes encore fixées à ces pitons, traces de campements, et parfois même détritus abandonnés par des alpinistes indélicats). Le reste du temps, ils sont totalement seuls au milieu des montagnes, avec une vue splendide sur les régions en contrebas.
L'ascension puis la descente sont comme prévus relativement techniques, sollicitant à la fois les capacités physiques des grimpeurs et leur connaissance de la montagne. Gam a pris la tête de la cordée, et il est manifeste que, si chacun se défend bien dans ce domaine, sa technique d'alpinisme est un cran au dessus de celles des autres. Personne n'est déçu, la montagne donne bien à chacun ce qu'il était venu chercher, et du sommet enneigé du cratère, le panorama est superbe, embrassant les terres jusqu'au lointain océan, ou plongeant dans les entrailles de la planète lorsque l'on se penche vers l'intérieur du volcan, heureusement inactif mais occupé par un lac dont montent des vapeurs qui laissent à penser que l'eau en est particulièrement chaude, et qu'une future éruption restera toujours à craindre.

Tout s'est déroulé conformément au plan de marche que les personnages s'étaient fixé, et, quatre jours standards après avoir triomphé du sommet du Terrijo, ils sont de retour à Utrarco, et vont pouvoir enfin poser leurs filtres respiratoires, prendre une bonne douche, manger normalement (les masques les forçaient, soit à les poser le temps d'un repas pris très rapidement, soit à manger des aliments liquides en branchant des récipients munis d'un embout spécial ("tétine") sur une valve prévue à cet effet sur le masque (à noter qu'on peut fort bien se passer de masque pendant un certain temps ; mais ce n'est pas recommandé, car les risques de perte de connaissance ne sont pas négligeables, surtout en cas d'effort physique ; on connait des cas de personnes qui ont voulu poser leur masque pour prendre un vrai repas alors qu'ils se trouvaient en plein air, et qui ont fait des malaises : certains en sont même morts, s'étant en tombant dans les pommes étouffés avec leur nourriture)), et se reposer des fatigues de la course en montagne à bord du Conscience Tranquille (qui, malheureusement, n'est plus tout seul sur le tarmac du spatiodrome, car d'autres petits vaisseaux marchands sont arrivés et attendent eux aussi la récolte à venir... Il va falloir partager).

Un producteur de tulapama, croisé sur le chemin du retour alors qu'il était venu examiner ses plantations, a déclaré aux personnages, en leur montrant sur les fleurs différents détails, qui sont peut-être évidents pour un professionnel comme lui, mais qu'eux n'ont pas vraiment perçus, que, sauf intempéries (coup d'il vers le ciel relativement dégagé, dans lequel se traînent paresseusement quelques nuages moutonneux), la récolte (entièrement manuelle) pourra commencer d'ici un jour ou deux. Il parle bien entendu de jours locaux, pas de jours standard, mais cela laisse encore douze à vingt-quatre heures.
D'ailleurs, les saisonniers ont afflué à Utrarco, et la population de la ville a nettement augmenté : de grands camps de toile se sont montés tout autour de "Tulapama City".
Le temps que les récoltes soient ramassées, triées, et acheminées vers les entrepôts, il faudra plusieurs jours locaux avant qu'une cargaison suffisamment volumineuse puisse être disponible. En général, l'ensemble des opérations dure dix à vingt jours locaux, avec des récoltants qui travaillent nuit et jour et d'incessantes rotations de tracteurs des champs vers les fermes, puis de camions des fermes vers les entrepôts d'Utrarco, situés pour la plupart en bordure du spatiodrome.
Mais dès les premiers arrivages, les plus impatients vont se disputer les récoltes à emporter outre-planète... Il est vrai qu'immobiliser un vaisseau sur un spatiodrome finit par coûter cher.


Vous avez un message...


En réintégrant leur bord, les personnages découvrent qu'un message a été laissé la veille (351-1104) sur leur répondeur. L'enregistrement, envoyé depuis le poste visiophonique d'une certaine Dame Sandra Lockhart (le titre de Dame indique que cette personne est noble), montre le visage d'une femme brune, légèrement maquillée de façon à rehausser sa bonne apparence naturelle, et portant des boucles d'oreilles coûteuses, qui pourrait fort bien être celle croisée au pied du Terrijo une bonne huitaine de jours plus tôt. En arrière-plan est visible le mur lambrissé d'un salon qui semble confortable.
Après s'être présentée et avoir salué ses interlocuteurs comme de "valeureux alpinistes", elle annonce qu'elle a une proposition à leur faire, dont elle pense qu'elle sera susceptible de les intéresser, et propose qu'ils prennent rendez-vous pour venir la rencontrer à Mossapo.
Mossapo se trouve sur le même continent qu'Utrarco, mais à une distance d'environ six mille kilomètres. Avec le Conscience Tranquille, le trajet peut être accompli en moins de deux heures.

Gam tente d'obtenir des informations sur cette Dame Sandra Lockhart, mais le (plutôt réduit) réseau informatique local ne lui apporte pas d'informations. Si c'est bien son véritable nom, elle n'appartient pas à la noblesse locale.

La BDDI, à laquelle Gam se réfère par réflexe quasi-instinctif, mentionne plusieurs familles nobles du nom de Lockhart. Comme il s'agit de noblesse relativement mineure, il n'y a pas de liste exhaustive des membres de ces familles, et aucune entrée ne concerne spécifiquement une Dame Sandra.
Les Lockhart mentionnés dans la BDDI sont principalement originaires de la Marche Solomanie et de ses environs. Mais on en trouve aussi quelques-uns en d'autres endroits de l'Imperium, et jusque dans les Marches Directes, puisque le vicomte de Maitz porte ce nom de famille.
Poursuivant à tout hasard sa recherche dans cette direction, Gam découvre que la plus jeune fille du vicomte, née en 1074, s'appelle Sandra. Il n'y a pas de photo disponible, donc elle ne peut pas affirmer que c'est la même personne que celle qui leur a laissé le message, mais cela pourrait fort bien correspondre.
Les quelques éléments obtenus sur cette femme indiquent qu'elle est riche, n'a pas de responsabilités à exercer, et présente un goût prononcé pour l'Aventure. C'est une grande voyageuse, et au cours de ses voyages, elle a essayé de nombreuses activités risquées ou dangereuses, que ce soit la chasse aux fauves, la navigation à bord de "coquilles de noix" sur des océans immenses, l'exploration de jungles ou le parachutisme, entre autres.


Rendez-vous Mossapo


Les personnages décident de donner suite à la proposition de Dame Sandra Lockhart, et Al s'empresse de la rappeler.
C'est un homme d'environ quarante-cinq à cinquante ans qui lui répond ; il est bronzé, aux cheveux bruns grisonnant doucement et aux yeux marrons, et pourrait être l'un des alpinistes qu'ils ont croisés au pied du Terrijo.
Al s'étant identifié et ayant fait connaître le but de son appel, l'homme lui répond qu'il est Wallace Dougal, le secrétaire personnel de Dame Sandra. Les deux hommes s'accordent sur un rendez-vous le 353-1104.
Le jour dit, Hans ayant remonté les injecteurs des étages de mise à feu (qu'il avait enlevés pour éviter qu'on vole le vaisseau en leur absence), le Conscience Tranquille, piloté par Kyle, met le cap (via l'orbite planétaire) sur Mossapo.
Les personnages profitent de ce passage à la capitale planétaire pour poster des messages publics dans le spatioport et sur le réseau informatique, annonçant leur prochain départ pour Heroni et expliquant qu'ils sont disposés à embarquer marchandises, passagers et courrier.

La villa occupée par Dame Sandra est située dans l'une des périphéries huppées de la ville de Mossapo. C'est une maison assez cossue, à deux étages, située à une vingtaine de mètres de la rue, au sommet d'une petite butte en pente douce recouverte d'un gazon parsemé de massifs de fleurs et d'arbustes.
C'est Wallace Dougal qui vient ouvrir aux personnages, qui reconnaissent effectivement en lui l'un des alpinistes croisés sur le Terrijo. À l'absence de marque de bronzage due au masque respiratoire, ils constatent que, comme sa patronne, il n'est pas sur Belizo depuis longtemps.
Après une bonne dizaine de minutes d'attente, les personnages sont finalement introduits dans un salon lumineux aux murs lambrissés et au sol recouvert d'un épais tapis. La lumière du jour pénètre à plein par de grandes portes vitrées donnant sur une terrasse et sur un vaste jardin d'ornement. Se levant souplement d'un des fauteuils d'aspect confortable à leur arrivée, la femme qui leur a laissé le message fait quelques pas vers eux en souriant, et après leur avoir souhaité la bienvenue, les invite du geste et de la parole à prendre place sur les fauteuils disposés en cercle autour d'une table basse posée sur une peau de grand prédateur aux poils angora : "Asseyez vous à votre aise... Je suis très heureuse de vous revoir."
Il s'agit bien de la femme croisée quelques jours auparavant sur les pentes du Terrijo.
Elle est vêtue d'une façon assez "décevante" pour quelqu'un qui appartient à la noblesse, car si son pantalon blanc et son chemisier dans un camaïeu orange sont visiblement de grande qualité (et d'un prix en rapport...), ils sont plus confortables que destinés à faire de l'esbroufe. Quant à ses chaussures, ce sont de simples babouches.
Mais il émane de sa personne à la fois une impression d'énergie et de volonté, et un certain magnétisme "charismatique" qui tend à la rendre instinctivement sympathique.
Un bref coup d'il au reste de la pièce indique la présence d'une cheminée circulaire crépie dans un ton beige, de quelques étagères portant des bibelots de prix, et d'un visiophone.


La proposition de Dame Sandra


Après avoir envoyé "Wallace" chercher des rafraîchissements, la jeune femme explique la raison de ce rendez-vous :
"Je vous remercie d'être venus si rapidement. Je suis Dame Sandra Lockhart, de Maitz" (là, elle doit interrompre Al qui allait se conformer à l'étiquette et la saluer comme il convient à son rang : "mais laissons là les subtilités du protocole, je vous prie").
"Je suis ce qu'on pourrait appeler une "Conquérante de l'inutile" : je vis pour réaliser, planète après planète, les défis que la nature me lance : je pense avoir expérimenté la plupart des sensations offertes par les "sports de l'extrême" et j'aime conquérir des endroits qu'aucun être humain n'a jamais atteints."
Wallace Dougal revient avec une desserte roulante et fait le service, avant de quitter la salle en refermant la porte et en laissant la desserte à proximité de Dame Sandra.
"Je crois que vous êtes de la même "espèce" que moi... J'ai en tous cas été impressionnée par votre ascension du Terrijo : vous l'avez vaincu sans guide, et dans un temps plutôt court qui plus est ! En outre, si je ne me trompe pas, il y a parmi vous d'anciens Éclaireurs."
(rien de sorcier dans cette déduction : même si Kyle a laissé en entrant son blouson avec l'insigne du SIEI, lors de l'ascension, les blousons et une partie du matériel des personnages trahissaient visiblement leur origine...)
"Alors, je pense que vous êtes le genre de personnes dont j'ai besoin actuellement. Connaissez vous Anekthor ?"
Sans paraître le moins du monde surprise ou choquée par l'ignorance avouée par ses interlocuteurs, Dame Sandra continue :
"Anekthor est le point culminant de la planète Tivid, dans le sous-secteur de Mora. Les trois pics de son sommet, dont le plus haut culmine à plus de quatorze kilomètres au dessus du niveau de la mer, n'ont jamais été vaincus. C'est une montagne que je trouve fascinante... mais je connais mes capacités, et je sais très bien qu'elle est au dessus de mes moyens.
En temps normal, je me serais fait une raison, je me serais entraînée, je me serais préparée pendant plusieurs années avant de tenter à mon tour l'ascension... car il était inéluctable que je la tente tôt ou tard"
, ajoute t'elle avec un petit sourire amusé.
"Mais j'ai peur d'avoir été un peu présomptueuse : j'ai parié avec deux amis d'enfance que je vaincrai Anekthor, et que je serai la première de nous trois à me tenir à son sommet. L'enjeu du pari est important, et nos trois cordées doivent se lancer à l'assaut de la montagne le 090-1105, c'est-à-dire dans à peine plus de cent jours maintenant. Le temps de se rendre sur place, de préparer l'expédition, de recruter des guides et des sherpas, et nous y serons vite...
Vous avez un vaisseau spatial, vous êtes des alpinistes expérimentés : je vous propose de constituer l'ossature de ma cordée et de m'emmener jusqu'au sommet. Je paierai le passage à votre bord pour Wallace (mon secrétaire / garde-du-corps / chaperon)"
, précise t'elle avec un nouveau sourire "et moi-même, et j'assumerai les frais relatifs à l'expédition elle-même. En outre, je vous offrirai le quart des gains si je gagne le pari... ce qui peut représenter pour vous une somme allant jusqu'à cent mille crédits, si ma cordée est la seule à vaincre Anekthor..." elle regarde tout à coup les personnages d'un air grave, toute trace de son habituel sourire ayant disparu "mais il est bien évident que seule la glorieuse incertitude du sport et l'impartialité de Dame Nature devront en décider. En aucun cas les membres de mon expédition ne devront gêner la progression de mes concurrents."
Ayant apporté cette précision importante, Dame Sandra se détend à nouveau et demande : "Êtes vous intéressés ?"

Cent mille crédits, c'est certes moins que la quantité d'argent que les personnages traitent chaque mois, mais ça fait quand même une belle somme, si l'on considère qu'à côté de ça, ils vont continuer à transporter des passagers et à faire du commerce à chaque escale.
Sans oublier le fait que ça leur assure deux passagers payants jusqu'à Tivid.
Mais évidemment, l'opération ne sera pas forcément rentable financièrement : cela va dépendre du temps pendant lequel le Conscience Tranquille sera immobilisé sur Tivid. Les personnages doivent mettre en balance leurs intérêts financiers et leurs intérêts personnels, car il est certain qu'être les premiers au sommet de l'Anekthor plairait à leurs instincts d'explorateurs... Sans parler d'éventuels avantages qu'ils pourraient retirer d'une association avec une membre de la noblesse (connexions, etc...).

À leurs demandes de précisions, les personnages obtiennent de leur interlocutrice les éclaircissements suivants :

  • Le pari se décompose financièrement ainsi : celui des trois concurrents qui parviendra le premier au sommet du plus haut des trois pics de l'Anekthor (et il s'agit bien des concurrents eux-mêmes, pas de ceux qui les accompagnent ; si l'un des personnages précède Dame Sandra au sommet, cela n'aura aucune incidence sur le pari) recevra cent mille crédits de chacun des deux autres ; en outre, chaque concurrent qui abandonne avant le sommet laissera cent mille crédits supplémentaires dans la cagnotte.
  • Chacun des trois concurrents a donc confié deux cent mille crédits à un établissement bancaire de Mora, sur un compte placé sous la responsabilité d'un notaire qui procédera à la restitution de cent mille crédits à chaque vainqueur de la montagne, le reste allant au premier des trois à avoir réalisé l'exploit.
  • Les clauses du pari ont été rédigées sous l'égide du notaire en question, et comportent, outre les aspects financiers évoqués ci-dessus, des règles fixant la date de départ des cordées (le 090-1105), la taille des cordées (quatorze personnes au maximum), leur matériel (avec entre autres l'interdiction de faire appel à des moyens gravitiques tels qu'aéromobiles, ceintures antigrav et autres, et à des objets de haute technologie (de façon à ce que l'ascension soit plus une prouesse athlétique qu'une promenade assistée par haute technologie)) et d'autres détails.
  • Les personnages ayant demandé à prendre connaissance de ces clauses, Dame Sandra produit un ordinateur personnel (qui était jusqu'à présent caché par l'un des coussins de son fauteuil), un modèle léger destiné à se porter autour de la taille et qui se présente sous la forme d'une ceinture ouvragée ressemblant plus à un bijou qu'à un ordinateur, le manipule brièvement, et la synthèse vocale de l'appareil se met à énoncer le règlement d'une voix masculine de tessiture assez jeune et chaleureuse.

  • Les deux autres concurrents sont le baron Robert Dupin et sire Thomas Redcliffe.
    Le baron Robert est le fils du vicomte de Pallique, et sire Thomas celui du baron de Grille. Dame Sandra et ses deux concurrents se sont fréquentés à l'Académie Middleton, sur Mora, où ils ont étudié ensemble.
  • Après avoir obtenu les précisions demandées, et ayant demandé un délai d'une journée avant de donner leur réponse, les personnages prennent congé de Dame Sandra. Celle-ci semble déçue qu'ils ne lui donnent pas sur le champ une réponse positive, et elle a en particulier un regard appuyé vers Gam, dont l'enthousiasme pour son projet est clairement perceptible. Mais elle comprend fort bien qu'ils aient besoin de réfléchir avant de s'engager dans une telle aventure, et son caractère énergique reprend vite le dessus sur son désappointement.
    Elle leur donne congé en souriant, leur serrant la main d'une poigne ferme, puis Wallace Dougal les raccompagne jusqu'à la porte de la villa.

    De retour à leur bord, les personnages discutent entre eux de la proposition de Dame Sandra.
    Hans en particulier s'interroge sur la dernière remarque de la Dame : "Excusez moi, je ne comprends pas bien les codes sociaux et les sous-entendus, alors quand elle dit : "En aucun cas les membres de mon expédition ne devront gêner la progression de mes concurrents", à votre avis, est-ce que ça veut vraiment seulement dire "ne le faites pas" ? Ou est-ce que ça sous-entend plutôt : "ne vous faites pas attraper en le faisant, ou je nierai avoir eu connaissance de vos agissements" ?"
    Gam, dont l'enthousiasme pour le projet de Dame Sandra était déjà perceptible pendant l'entrevue : "Je pense que c'est une vraie épreuve sportive, entre gens du monde où tout le monde joue fair play, un beau défi, un moyen de dépassement de soi. Une chance pareille est exceptionnelle : l'opportunité de réaliser un exploit qui fera date, en gagnant de l'argent ET en devenant célèbres. Peut-être pourra-t-on ensuite laisser tomber le convoyage de cargaisons merdiques et faire du tourisme scientifique, par exemple, des missions reportages, on pourrait faire un film de notre ascension puis le vendre... Je vois des tas de produits dérivés possible à cette expédition."
    Al : "Le pari se monte à 400.000 crédits... pour cette somme rondelette, son investissement doit être énorme : vaisseau, matériel, sherpas, garde du corps... A mon avis, les autres participants ne seront peut-être pas si courtois que ça : J'aimerais BEAUCOUP en savoir davantage sur ce magnifique projet et sur ces audacieux parieurs..."
    Kyle : "Je pense qu'elle veut dire "ne le faites pas", mais dans l'absolu si elle n'a pas connaissance de nos agissements... Et puis la nature est dangereuse, un accident est si vite arrivé... Ils arrivent tellement vite d'ailleurs que je me méfierais doublement des autres concurrents..."
    Hans, pensif : "C'est juste, ils auront pas forcément la délicatesse de cette dame... Ca pourrait même devenir... mesquin... au niveau des méthodes employées."

    Après discussion, l'équipe décide à l'unanimité d'accepter la proposition de Dame Sandra, que Kyle rappelle comme convenu le lendemain 354-1104 pour sceller l'accord et régler les détails financiers.
    Après une rapide discussion, Dame Sandra accepte les conditions suivantes :

  • pour le voyage : dix mille crédits par saut pour chacun des deux passagers (elle et Dougal), en échange d'une cabine pour chacun d'eux, de l'absence d'une limitation pour la quantité de bagages, et d'un service amélioré, en particulier en ce qui concerne la qualité des repas ;
  • pour les frais liés à l'immobilisation du vaisseau : il est convenu d'une somme de 25.000 crédits par semaine passée sur Tivid au delà des deux premières.
  • Les personnages conviennent d'embarquer leurs passagers à Mossapo, une fois chargée la cargaison de tulapama, dont la récolte vient de commencer le matin-même.

    Gam consulte l'entrée de la BDDI consacrée à l'Anekthor.

    Pendant ce temps, Hans fouille lui aussi la BDDI, à la recherche d'informations sur les deux autres concurrents.
    Comme pour Dame Sandra, la BDDI n'est pas très loquace en ce qui les concerne. Il n'y a pas d'entrée qui leur soit spécifiquement consacrée, et le peu d'informations qu'il obtient l'est en se renseignant sur leurs familles respectives.

    Comme Lockhart, Dupin est un nom noble assez répandu dans la Marche solomanie et ses environs. Mais comme Hans sait qu'il s'agit du fils du vicomte de Pallique, sa recherche est facilitée.
    Robert porte le titre de baron, et est l'héritier du vicomte. Sa photo montre qu'il s'agit d'un beau jeune homme, au maintien plein de prestance, chatain très clair, yeux gris, bronzé, souriant et vêtu à la mode et d'une façon qui sied à son rang social. Il est né en 1074, a fréquenté l'Académie Middleton sur Mora, puis fait une licence de sciences humaines à l'Université Impériale de Mora. Il est décrit comme un sportif accompli, avec un goût pour le voyage et pour l'alpinisme. Il est membre de la Société d'Aide aux Voyageurs. Célibataire, il représente un beau parti (puisqu'il est l'héritier de la charge de son père). On ne lui prête aucune liaison actuellement (l'entrée date de 187-1103), mais il y a une liste des femmes dont la rumeur a dit à une époque qu'elles allaient devenir sa fiancée ; et parmi la grosse douzaine de noms, Hans remarque une certaine Dame Sandra Lockhart, fille du vicomte de Maitz, qu'il aurait fréquentée de 1091 à 1096.

    En ce qui concerne Redcliffe, il y a visiblement moins d'informations.
    Le père de Thomas est devenu baron de Grille par l'octroi d'une patente de noblesse par l'Empereur en 1072. Une rumeur prétend qu'il a acheté ce titre grâce à la fortune amassée en tant que directeur d'établissement pour l'entreprise de transport interstellaire Al Morai. Thomas, né en 1070, est le cadet de ses deux enfants. Après un début de scolarité difficile, il a été placé à l'Académie Middleton, puis a étudié pendant un an les sciences sociales à l'Université Impériale de Mora, avant d'arrêter ses études. Il n'y a pas de photo, et rien n'est dit de ses activités actuelles.

    Al, s'intéressant aux marcheurs du vent, n'en trouve bien entendu pas la moindre photo nette, mais en fouinant dans la BDDI, il déniche une unique photographie, particulièrement floue. Les commentaires qui l'accompagnent sont d'avis radicalement opposés quant à son authenticité : certains prétendent qu'il s'agit bien d'un marcheur de vent, d'autres, qui avancent un certain nombre d'arguments pour étayer leur affirmation, pensent qu'il s'agit d'un trucage, ou d'un jeu d'ombres, ou d'un rocher de forme particulière...


    Un nouveau départ


    Pour la modique somme de 80 crédits, Kyle fait porter par un vaisseau sur le départ une annonce à destination de la prochaine escale du Conscience Tranquille, Heroni, indiquant l'arrivée prochaine d'une cargaison de tulapama.

    La récolte du tulapama se passe normalement, mais comme tout ou presque est fait à la main, ce qui est pour les autochtones un temps normal parait particulièrement long aux personnages.
    Au final, ils parviennent à embarquer 52 tonneaux de tulapama, ce qui est vraiment une bonne opération... Enfin, tout dépendra bien entendu du prix qu'Al tirera de la cargaison, car elle leur a quand même coûté la bagatelle de 208.000 crédits.
    Le chargement et l'arrimage de la cargaison sont terminés le 358-1104, et le Conscience Tranquille quitte Utrarco pour Mossapo, embarquant à son bord deux passagers à destination de la capitale (il n'y a pas de petit profit...).

    À Mossapo, les petites annonces ont porté leurs fruits : trois passagers potentiels se présentent et demandent à embarquer à bord, et 17 (dix-sept !) autres souhaiteraient voyager en cryogénie.
    Les trois passagers sont respectivement, d'une part un homme et une femme d'environ 25 ans, d'allure sportive (lui est même particulièrement musclé) et porteurs de grosses valises, et une femme d'affaires d'une trentaine d'années, elle aussi porteuse de deux grosses valises.
    L'homme et la femme sont deux employés de Bioplas LIC. Ils retournent à Mora (et seraient donc éventuellement susceptibles de faire plusieurs sauts à bord du Conscience Tranquille, si le temps passé à chaque escale est suffisamment court ; ce qui est loin d'être évident, car il faudra bien rester au minimum quelques jours à chaque spatioport). Lui s'appelle Eneri Gakumshiin, elle Margareta Halstrom.
    La femme d'affaires s'appelle Sandra Maarten et est commerciale chez Heretic Arms. Ne continuant pas dans la direction des personnages, elle débarquera à Heroni.

    Al procède comme d'habitude à un interrogatoire courtois des passagers : d'où viennent-ils, ont-ils des désirs spéciaux durant le trajet, un alcool, des films ou de la nourriture préférés, etc... Il essaie aussi de repérer les fondus et autres déséquilibrés mentaux, les truands, et autres passagers hors normes.
    Avec l'aide de Gam pour l'avis médical, Al procède aussi au choix des quatre passagers qui voyageront en cryogénie, essayant de trancher entre ceux qui ont vraiment besoin de voyager et ceux qui le font par plaisir et dilettantisme, ou pire (!), par affaires. La sélection se fait finalement plus au hasard qu'autrement, aucun candidat ne leur semblant préférable aux autres.
    Gam procède à l'examen médical pré-cryogénie, puis à l'installation de ces passagers dans les sarcophages, pendant qu'Al s'occupe d'installer les autres passagers dans leurs cabines, en apportant une attention toute particulière à Dame Sandra et à son "majordome", qui sont venus avec près de deux tonneaux de bagages...

    Côté fret, les personnages finissent de remplir leur soute avec des vidéos de l'industrie cinématographique locale, qu'ils seront payés mille crédits le tonneau (le tarif standard) pour livrer à Heroni.


    De Belizo à Vanejen (1104 / 1105)


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