Tamerlan


Fils d'un simple chef de clan, Tamerlan (1336 / 1405), surnommé le Seigneur de fer, se tailla à la tête de son armée un immense empire en Asie centrale, mais cet empire ne survécut pas longtemps à sa mort.



Tamerlan
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Biographie

Né le 8 avril 1336 à Kesh en Transoxiane (dans l'Ouzbékistan moderne), Timour (le futur Tamerlan) est le fils de Taragaï, l'émir, pacifique et religieux, des Barlas, un clan de cavaliers d'origine mongole mais fortement turquisés (et en particulier islamisés, ce qui explique qu'il reçoive au cours de sa jeunesse une instruction religieuse poussée).
Devenu adulte, il s'engage à vingt ans dans l'armée de l'émir de Transoxiane, Qazghan, qui lui confie la tête d'une unité d'élite et dont il épouse la petite-fille.
Suite à l'assassinat de Qazghan, Timour retourne parmi les Barlas, dont son oncle Hadji Barlas est devenu émir par interim, Taragaï, miné par la maladie, n'étant plus en mesure de diriger le clan. À la mort de ce dernier, les deux hommes se disputent la place devenue vacante. Mais en 1360, le khan du Mogholistan, Toughlouq Timour, annexe la Transoxiane, et tandis que Timour le reconnait comme son suzerain, Hadji Barlas, qui a refusé de se soumettre, est tué, laissant à son neveu la tête du clan.

Toughlouq fait de Timour un chef de toumane (division de dix mille hommes dans l'armée mongole), et lui octroie la charge de conseiller extraordinaire de son fils Ilyas Khodja, qu'il nomme vice-roi de Transoxiane. Mais, opposé à la politique discriminatoire du pouvoir mongol vis-à-vis des populations locales, Timour tombe en disgrâce, s'érige en protecteur des Turcs transoxianais, et s'enfuit avec une poignée d'hommes.

Il s'allie à son beau-frère Mir Hosseïn (le frère de sa femme), mais leur petite troupe d'une soixantaine d'hommes est massacrée par les forces du gouverneur de Khiva. Les deux fugitifs finissent par décider de se séparer. Timour retourne à Kesh où il se pose en chef de la future rébellion, puis à Samarkand où il se cache de jour dans le jardin du harem de son beau-frère et sort de nuit, déguisé en mendiant, pour recueillir des informations. Mais il est reconnu et acclamé par des partisans, et doit s'enfuir pour échapper à la capture, en entraînant avec lui cinq cents hommes avec lesquels il rejoint Hosseïn vers Kandahar, dans la province du Sistan.
En 1363, à la tête d'une troupe d'un millier de cavaliers, les deux beaux-frères se font mercenaires au service du prince du Sistan ; mais après qu'ils aient pacifié pour lui des tribus révoltées, il refuse de les payer et leur tend une embuscade. Au cours de ce combat, Timour, dont les troupes sont victorieuses, est blessé de deux flèches, l'une dans le bras droit, l'autre dans la jambe droite. Il lui faudra deux mois pour en guérir, et il devra aux séquelles de cette dernière blessure son surnom de Timour lang (1), le Boiteux, en français : Tamerlan.

Pendant qu'il se rétablit, les effectifs de ses troupes augmentent, formant une véritable petite armée avec laquelle il bat à Balkh les troupes envoyées par Ilyas Khodja, mène un raid victorieux sur le royaume du Badakhchan, puis met en déroute une armée mongole supérieure en nombre avant de fondre sur Kesh et de s'emparer de la ville sans coup férir.
À la mort de son père, Ilyas devient roi du Mogholistan en 1363. Tamerlan triomphe de lui devant Kesh, attaquant malgré une infériorité manifeste, car il avait rêvé qu'il serait victorieux s'il attaquait sans attendre.
Ilyas Khan reparti au Mogholistan, Tamerlan et Hosseïn rassemblent à Samarkand les émirs de Transoxiane pour qu'ils choisissent un nouveau roi. Un fantoche est élu, choisi pour sa qualité de descendant de Gengis-khan. Tamerlan quant à lui se pose en seigneur de Samarkand, ce qui ne plait pas à Hosseïn.

Au printemps 1364, les troupes des deux beaux-frères battent en retraite devant l'armée d'Ilyas Khan : la bataille sera surnommée bataille des bourbiers à cause des abondantes pluies, prétendument provoquées par un sorcier mongol muni d'une pierre magique, qui rendirent les arcs transoxianais inutilisables. Tamerlan et Hosseïn se séparent devant Kesh, Tamerlan fuyant au sud vers Balkh.
Lorsqu'ils retournent à Samarkand (qui a résisté à Ilyas Khan), les deux beaux-frères la trouvent dirigée par un gouvernement populaire dont Hosseïn fait exécuter les chefs (les Sarbad). Tamerlan fait cependant libérer leur meneur, Mowlanazadè, et s'évertue à contrecarrer les visées de son beau-frère qui cherche à se faire considérer comme souverain de la Transoxiane.
Lourdement imposés par Hosseïn, les émirs transoxianais reçoivent le soutien financier de Tamerlan. Les troupes des deux hommes s'affrontent et, lorsque l'épouse de Tamerlan meurt, plus rien ne lie les deux adversaires. Mir Hosseïn est finalement vaincu, capturé à Balkh, et, bien que Tamerlan lui laisse la vie sauve, assassiné.
Le 10 avril 1370, Tamerlan est proclamé souverain (Grand Émir) de Transoxiane, à Balkh. Il fait restituer les impôts prélevés par Hosseïn, et exécuter une partie de la population de la ville de Balkh, qui avait soutenu son rival.

Contrairement à l'habitude des khans mongols, nomades, Tamerlan s'installe en ville : sa capitale est tout d'abord Kesh, puis Samarkand, mieux située.
Il y organise aussitôt un quriltai (ou kouroultay), rassemblement de tous les seigneurs du pays. S'efforçant de se concilier aussi bien les citadins (de culture persane) que les nomades (de culture mongole), il se montre pieux musulman (se faisant construire une mosquée en bois démontable qui l'accompagnera dans ses campagnes), mais maintient en vigueur dans l'armée le règlement gengiskhanide (le jasaq, ou yasaq) et ne force pas les Mongols à se convertir à l'Islam.
Il installe sur le trône un descendant de Gengis-khan, Souyourghatmich, dont il se présente comme n'étant que le général, mais qui n'est qu'un homme de paille qu'il dirige et qui l'accompagne dans ses expéditions. (2)
Tamerlan fait fortifier sa capitale et fait bâtir dans la partie ouest de la ville une citadelle, l'Ark. Outre un chef de guerre talentueux ayant mis sur pied une armée redoutable, il se révèle être un dirigeant capable, mettant en place une administration efficace, instituant un contrôle des prix, développant l'artisanat, améliorant les transports et les communications, et créant des milices pour protéger les voyageurs.

Cependant, immédiatement après le quriltai, Tamerlan lance des incursions au nord-est contre le Mogholistan, où Kamar ed-Din a succédé à Ilyas Khan.
Après un premier raid victorieux, il se tourne au nord-ouest vers le Kharezm, dont il assiège le roi dans sa capitale Gurganj (3). Le souverain meurt pendant le siège, et son successeur, son frère Yousouf, cède aux exigences de Tamerlan en rendant à la Transoxiane les villes de Kiat et Khiva.
Tamerlan étant retourné guerroyer au Mogholistan, Yousouf essaie de reprendre les deux villes. Aussitôt informé, son adversaire se porte à sa rencontre à la tête de troupes rapides, et pour obtenir la vie sauve, Yousouf doit donner sa fille Khanzadé en mariage à Jahangir, le fils aîné de Tamerlan.

En 1375, alors retourné au Mogholistan, Tamerlan rêve que Jahangir est à l'article de la mort. Impressionné, le Grand Émir retourne à Samarkand où il apprend que son fils est mort (à l'âge de vingt ans).

Après la période de deuil, Tamerlan continue de harceler le Mogholistan, pour en repousser les nomades loin de la frontière.
Parallèlement, il tente d'affaiblir politiquement les Mongols, en octroyant en 1376 à Toqtamish, le neveu rebelle du khan de la Horde blanche, qui lui avait demandé sa protection des troupes et trois villes fortifiées sur le Syr Daria. Le khan met en déroute l'armée de Toqtamish, qui se réfugie en Transoxiane, mais il est repoussé par Tamerlan. Ce scénario se reproduira jusqu'à ce que Toqtamish parvienne à vaincre Timour Malik (devenu khan en 1377) et devienne ainsi à son tour khan de la Horde blanche (4).

En 1379, Yousouf ayant effectué une nouvelle tentative pour reprendre Kiat et Khiva, le Grand Émir fond sur lui, le repousse et l'assiège dans Gurganj. Yousouf fait proclamer qu'il défie Tamerlan en combat singulier, mais quand ce dernier se présente pour relever le défi, son adversaire n'ose pas venir l'affronter. Il meurt quelques semaines plus tard, et la ville est conquise après trois mois de siège, et bon nombre de ses habitants tués pour n'avoir pas accepté de se rendre et pour s'être rebellés contre Tamerlan : c'est le premier des légendaires massacres ordonnés par le conquérant. Le Kharezm est annexé par la Transoxiane.

Le Kharezm conquis et la menace mongole éloignée, le Grand Émir se tourne vers l'Iran. En 1380, il assiège Herat, que lui livre le malik Ghiyas ed-Din après une courte résistance, et fait abattre les murailles de la ville.
Une révolte ayant été organisée contre la garnison laissée sur place, Tamerlan envoie son troisième fils, Miran Chah, reprendre la ville. Des pyramides sont édifiées devant la ville avec les têtes des rebelles.
Pendant ce temps, le Grand Émir lui-même dépasse Herat et continue vers le nord-ouest pour envahir en 1381 le Khorasan et le Sistan. Les seigneurs Ali Beg et Ali Mouayyad se soumettent sans lutter. Continuant sur le Mazandaran, Tamerlan se heurte à l'émir Vali, qui refuse de se soumettre. Pour l'impressionner, Tamerlan fait enlever d'assaut par ses troupes en une seule journée la ville d'Isfarayin ; tous les habitants sont massacrés et la ville est rasée. Vali annonce alors qu'il fera sa soumission, mais, profitant de ce que le conquérant est reparti à Samarkand suite au décès de sa fille Eke Beghi, il s'allie avec Ali Beg pour attaquer les territoires cédés à Tamerlan par Ali Mouayyad.
Le Grand Émir rassemble alors ses troupes vers Boukhara et fond sur les rebelles. Ali Beg se retranche dans sa forteresse montagnarde de Kélat, mais les troupes de montagne de Tamerlan l'investissent et Ali Beg est exécuté.
C'est ensuite au tour de la place-forte de Turchiz de tomber aux mains des montagnards de Tamerlan. Ce dernier, impressionné par l'héroïsme des défenseurs afghans, les épargne et les incorpore dans son armée.
L'armée timouride mate ensuite la rébellion du Sistan. À Sabzavar, Tamerlan fait emmurer vivants deux mille prisonniers. À Zarandj, la capitale, la population, qui a tenté de résister aux troupes du Grand Émir est massacrée. Tamerlan fait détruire la digue qui permettait l'irrigation du pays, puis va conquérir la ville de Kandahar.
En 1385, Tamerlan, ayant contourné le Mazandaran vers l'ouest, part de la ville de Sultanieh (conquise par Miran Chah), envahit rapidement les montagnes de l'Elbourz et du Guilan, et fond sur le Mazandaran qu'il conquiert, obligeant Vali à fuir vers l'Azerbaïdjan.

Le Grand Émir retourne dans sa capitale, où il séjourne pendant presque un an, travaillant à améliorer son armée et son administration.

En 1386, Tamerlan est en route pour achever l'invasion de l'Iran, quand il apprend que des bandits du Louristan ont attaqué une caravane de pélerins se rendant à La Mecque. Laissant les quatre cinquièmes de ses troupes continuer vers l'Iran, il emmène les autres vers les montagnes du Louristan et prend d'assaut les forteresses des brigands, véritables nids d'aigles réputés inexpugnables. Il rejoint ensuite le reste de son armée à Nehavand, vers Qazvin, et envahit sans difficulté l'Azerbaïdjan (qui appartenait au roi d'Irak, le sultan Ahmed Djalayir), prenant Tabriz sans combat et faisant payer à ses habitants une taxe pour leur avoir sauvé la vie en ne les tuant pas...
Tamerlan passe l'été dans cette ville, sélectionnant les meilleurs artisans et savants pour les envoyer à Samarkand (5), pendant que ses troupes achèvent la conquête du pays (capturant au passage et exécutant Vali).
Au début de l'hiver, le Grand Émir s'attaque au royaume chrétien de Géorgie, déclarant la guerre sainte (et devenant ainsi un héros de l'Islam). Il s'empare de la capitale, Tiflis (6), et du roi Bagrat V qui doit se convertir à l'Islam pour avoir la vie sauve, et fait don à son vainqueur de sa cuirasse dont on disait qu'elle avait été fabriquée par le roi David.
Tamerlan hiverne dans le Karabagh pendant que le gros de son armée s'empare des forteresses montagnardes géorgiennes.

Au début du printemps 1387, Toqtamish ayant traversé le Caucase pour l'attaquer, le Grand Émir met en déroute l'armée de son ancien protégé. Plutôt que de le poursuivre, il lui renvoie ses soldats faits prisonniers, porteurs d'un message de conciliation.

Tamerlan se tourne alors vers l'Arménie qu'il envahit, puis prend Erzurum en un jour, et reçoit la soumission de Tahirten, l'émir turcoman d'Erzindjan (7).
La horde des Moutons noirs, menée par Muhammad Qara Yusuf, harcèle les troupes de Miran Chah, mais l'intervention du Grand Émir la force à se replier.
Tamerlan enlève ensuite la citadelle de Van après un siège de vingt jours.

Le nouveau roi du Fars, Zein el Abidin, ne s'étant pas rendu à la convocation du Grand Émir pour lui faire allégeance, ce dernier mène à l'automne ses troupes devant Ispahan. Les autorités de la ville lui ouvrent les portes et acceptent de payer les impôts exigés par le conquérant. Mais suite à une tentative de viol d'une habitante par l'un de ses soldats, les habitants se rebellent et massacrent en une nuit trois mille de ses hommes. En représailles, Tamerlan fait exécuter tous les habitants, à l'exception des occupants des maisons des oulémas et de celles des personnes ayant abrité des soldats pour les sauver du lynchage. Soixante-dix mille têtes coupées sont entassées autour de la ville.
Tamerlan se dirige ensuite vers Chiraz, qui lui ouvre ses portes, le roi Zein s'étant enfui. Comme à son habitude, il fait envoyer à Samarkand les meilleurs artisans de la ville.

Apprenant que Toqtamish envahissait la Transoxiane, Tamerlan quitte Chiraz. En février 1388, passant par Kesh, il met les Mongols en déroute et regagne sa capitale.
Il part ensuite pour le Kharezm mater des insurrections, fait raser Gurganj et déporte sa population à Samarkand.
Souyourghatmich étant mort, il le fait remplacer sur le trône par son fils Mahmoud Khan, qui le servira aussi fidèlement que son père l'avait fait.

Au début de 1389, pour faire face à une nouvelle invasion de Toqtamish, soutenu par Kamar ed-Din, déferlant en plein hiver par le Fergana, Tamerlan se porte à la rencontre de l'ennemi sans prendre le temps de rassembler son armée, tout en envoyant son fils Omar Cheykh sur les arrières de l'ennemi. Pris en tenaille, les Mongols se débandent.
Désireux de mettre durablement un terme à cette menace, le Grand Émir mène au printemps ses troupes au Mogholistan, repoussant les troupes de Kamar ed-Din jusqu'à l'Altaï et les forçant à fuir en Sibérie. Se dirigeant alors au sud, il pénètre au Xinjiang où il bat Khizir Khodja (pourtant l'ennemi de Kamar ed-Din) et le force à son tour à fuir, dans le désert de Gobi.
À peine est il de retour à Samarkand qu'il doit à nouveau repousser Kamar ed-Din dans l'Altaï.

À l'automne 1390, Tamerlan organise près de Kesh un grand quriltai à l'occasion du mariage de son deuxième fils, Omar Cheykh. Ayant réorganisé l'armée et nommé gouverneurs et hauts fonctionnaires, il part pour Tachkent où doivent se rassembler ses troupes. Là-bas, il tombe gravement malade, souffrant des séquelles des blessures reçues en 1363, et doit rester alité pendant quarante jours.
Le 19 janvier 1391, il quitte la ville à la tête de son armée, et se lance à la recherche de Toqtamish. Pendant plusieurs mois, les troupes timourides arpentent les steppes, les montagnes et les déserts d'Asie centrale, sans trouver leur gibier. Les soldats souffrent de la faim et de la fatigue, leur moral est en berne. Finalement, quelques cavaliers mongols sont capturés en Sibérie, au bord du Tobol, et révèlent que Toqtamish a rassemblé ses troupes à l'ouest de l'Oural.
Tamerlan se dirige donc vers l'ouest, longe la chaîne de l'Oural qu'il traverse à Orsk, rejoint l'arrière-garde mongole, et engage le combat le 19 juin, près de la Volga, vers le site de l'actuelle Orenbourg.
La bataille dure trois jours et se solde par la débandade des Mongols, persuadés à tort de la mort de leur chef. Les troupes timourides, à la tête d'un impressionnant butin, fêtent ensuite leur victoire pendant vingt-six jours. Tamerlan nomme trois descendants de Gengis-khan (et rivaux de Toqtamish) à la tête de ce qui reste des Hordes, puis regagne Samarkand.

En 1392, ayant remplacé son étendard impérial à trois cercles groupés (symbole des trois parties de la Terre sur lesquelles il règne, mais aussi symbole magique mongol attirant la chance) par un nouvel étendard noir portant un dragon d'argent, Tamerlan part avec son armée pour rétablir l'ordre dans les provinces iraniennes de son domaine. Près de Boukhara, il doit faire halte, souffrant de son ancienne blessure à la jambe à un point tel qu'il se croit à l'article de la mort, fait distribuer des aumônes aux pauvres et convoque à ses côtés ses femmes et son petit-fils Muhammad Sultan (fils de Jahangir et de la princesse Choumerzanne, et héritier du trône). Au bout d'un mois cependant, il commence à se rétablir, et, deux mois après son arrivée en ces lieux, il peut repartir.
Il achève la conquête du Mazandaran (y pourchassant les membres de la secte des Assassins), s'empare des places fortes du Kurdistan et du Louristan, prend la forteresse de Kale-i-Safid (réputée imprenable) et marche sur Chiraz qu'il atteint en mai 1393.
Là, son armée est attaquée par celle de Chah Mansour. Dans la bataille, celui-ci parvient jusqu'à Tamerlan, séparé de l'écuyer portant sa lance, et lui assène deux coups de sabre à la tête, qui sont arrêtés par son casque. Shah Rokh, le quatrième fils du Grand Émir, âgé de dix-sept ans, tranche la tête de l'adversaire de son père, dont l'armée est victorieuse.
Tamerlan nomme Omar Cheykh vice-roi du Fars, fait arrêter les princes de l'ancienne famille royale pour les exécuter, et envoie artisans et savants à Samarkand.

En juin 1393, il repart pour Ispahan, puis Hamadan où il fait de Miran Chah le vice-roi de l'Iran occidental.
Après avoir guerroyé dans les montagnes, il reçoit le grand mufti de Bagdad, ambassadeur du sultan Ahmed Djalayir, mais malgré les cadeaux dont celui-ci est porteur, Tamerlan décide d'aller assiéger Bagdad avec un détachement de cavalerie rapide. Ahmed s'enfuit et, bien que les troupes timourides aient réussi à s'emparer de ses femmes et de son fils, il parvient à se réfugier en Égypte auprès du sultan mamluk Barquq.
Tamerlan reste deux mois à Bagdad, dont les savants, hommes de lettres et artisans doivent se rendre à Samarkand. Il part ensuite pour la puissante citadelle de Tikrit, dont il parvient à s'emparer après avoir fait de ses soixante-dix mille soldats des sapeurs. Une fois les remparts écroulés, les défenseurs sont massacrés et des tours de leurs têtes coupées sont édifiées.
Envoyant Miran Chah soumettre le sud de l'Irak, Tamerlan se rend à Mossoul, s'empare d'Édesse (en Syrie), mais il doit faire demi-tour en raison de soulèvements en Géorgie et en Azerbaïdjan, et d'une incursion des Mongols de la Horde d'or. C'est à cette époque qu'Omar Cheykh est tué au Kurdistan.

Le 22 mars 1394, alors qu'il vient de prendre d'assaut la ville kurde de Mardin, dont le prince s'était rebellé, il reçoit la nouvelle de la naissance du fils de Shah Rokh (le futur Ulug Beg). De joie, il épargne les vaincus.
Il rétablit l'ordre au Kurdistan, et fait procéder à de nouveaux recrutements pour agrandir son armée. Il soumet la ville rebelle de Van, puis la Géorgie, où il apprend la naissance d'un deuxième fils de Shah Rokh, Ibrahim Sultan, qu'il célèbre par une grande fête. Shah Rokh est nommé gouverneur de Samarkand et envoyé rejoindre son poste.
Toujours occupé en Géorgie, Tamerlan apprend que l'armée de Toqtamish se dirige vers Bakou. Il part à sa rencontre avec une partie de ses troupes, mais les Mongols s'enfuient avant qu'il ne les rejoigne, et le Grand Émir revient en Géorgie pour y hiverner.

Après une nouvelle mais infructueuse tentative diplomatique pour renouer avec son ancien protégé, Tamerlan se met en marche au printemps 1395, franchissant le Caucase par Derbent et longeant la mer Caspienne avec ses troupes en ordre de bataille. Les troupes de Toqtamish sont rencontrées près du Terek, et le Grand Émir lance son attaque le 15 avril 1395. Au cours de la bataille, il est encerclé par des soldats mongols et doit lutter pour sa vie jusqu'à ce qu'arrive à sa rescousse un groupe de ses officiers. Voyant que ses troupes sont en train de perdre le combat, Toqtamish s'enfuit avec son état-major, laissant ses hommes se faire massacrer par les combattants timourides.
Tamerlan se lance à sa poursuite, mais ne parvient pas à le rattraper. Il envahit la Russie, remontant la Volga jusqu'à Bulgar, puis chevauchant vers l'ouest jusqu'à Elek, descendant le Don jusqu'à Tana, pillant le Kouban avant de retourner en Géorgie.
De là, il repart à l'assaut d'Astrakhan, centre du commerce de la Horde d'or, puis de Saray, anéantissant la puissance des Hordes.
En juillet 1396, il fait enfin demi-tour pour rentrer à Samarkand.

Une fois de retour dans sa capitale, il reprend les affaires de l'État en main, rendant une justice sévère et expéditive. Il fait distribuer aux pauvres des vêtements d'hiver et de la nourriture, et exempte d'impôts pendant trois ans la population de l'empire. Enfin, il se consacre à l'embellissement de Samarkand, but pour lequel il avait fait venir sur place tant d'artisans des villes conquises.
Au printemps 1397, il fait construire un palais dans le Bagh-i Chimal, l'un des jardins de la ville, affectant son armée à la tâche. Quelques mois plus tard, il fait aménager un superbe jardin, le Bagh-i Dilafcha, qu'il dédie à sa nouvelle future épouse, fille de Khizir Khodja, lui-même désormais seigneur du Mogholistan.
Il fait aussi bâtir entrepôts, hôpitaux et écoles, renforcer les murailles de la ville, et fabriquer des armes et des armures en quantité.

Au printemps 1398, profitant de troubles politiques en Inde, Tamerlan décide d'envahir le sultanat de Delhi, sous le fallacieux prétexte d'une guerre sainte contre les infidèles. Il envoie en avant-garde Pir Muhammad (fils aîné de Jahangir), prince-gouverneur de l'Inde mineure, assiéger Multan. Dans l'été, il envoie Muhammad Sultan vers Lahore, et s'avance lui-même dans l'Hindou-Kouch, pour y soumettre les Kafirs, qui constitueraient sinon une menace sur les arrières de son armée. Le Grand Émir fera une partie de cette expédition montagnarde dans une sorte de traîneau.
Ses troupes d'élite sont tenues en échec devant la citadelle montagnarde des Kafirs. Son conseiller favori, Mohammed Koagin, ayant eu la mauvaise idée de lui dire que la prise d'une si petite citadelle ne valait pas la perte des soldats qui périraient dans l'assaut, Tamerlan le relègue à la place du plus misérable valet de son armée, signant un décret attribuant tous les biens de son ancien conseiller, y compris ses épouses, au valet en question.
La citadelle finit par être prise d'assaut, et ses occupants massacrés. Tamerlan se dirige alors à travers les montagnes vers Kaboul. Là, il fait creuser par ses soldats un canal d'irrigation, pour permettre le développement de l'agriculture locale.
En septembre, le Grand Émir se remet en marche et franchit l'Indus le 24 sur un pont de bateaux et de roseaux. Il s'empare de Talamba, puis marche sur Multan où Pir Muhammad a dû se retrancher après avoir pris la ville.
Une fois réunie, l'armée timouride marche sur Delhi. Arrivé devant la ville, Tamerlan fait exécuter les cent mille prisonniers indiens qui suivaient ses troupes, de peur qu'ils se révoltent au moment de l'assaut décisif. Il convoque ensuite ses astrologues, qui lui annoncent que les astres ne lui sont pas propices. Il déclare alors publiquement son scepticisme au sujet de l'astrologie, se fait apporter un exemplaire du Coran et, l'ouvrant au hasard, tombe sur la phrase "Fais la guerre aux infidèles".
Le 17 décembre 1398, Tamerlan fait avancer son armée sur la ville de Delhi, dont les troupes viennent à sa rencontre, avec en particulier plusieurs centaines d'éléphants de guerre. Mais les pachydermes ne suffisent pas à donner la victoire au sultan Mahmoud, et c'est encore une fois le Grand Émir qui est victorieux.
Il commence par se montrer inhabituellement clément, mais l'armée échappe à son contrôle et se livre au pillage, ravageant la ville.
Le premier janvier 1399, Tamerlan quitte Delhi, saccage Meerut, et franchit le Gange. Mais, souffrant de plus en plus de ses anciennes blessures, il repassa le fleuve après avoir dispersé ses ennemis sans les combattre. Ravageant les temples hindous, il retourne en Afghanistan par le Pendjab, le Jammu, le Cachemire et la passe de Khyber.
Après plusieurs arrêts pour se reposer, et n'étant plus en état de monter à cheval, il arrive à Termez le 15 avril 1399, s'arrête à Kesh et regagne finalement Samarkand.

La princesse Khan Zadé, femme de Miran Chah, désormais vice-roi d'Azerbaïdjan, vient alors lui apprendre que son mari est devenu fou suite à une chute de cheval et que, profitant de la situation, le sultan Ahmed a repris Bagdad, aidé par les Moutons noirs, et la Géorgie s'est encore soulevée. En été, Tamerlan part donc à la tête de son armée et reçoit à Tabriz l'hommage de Miran Chah, qu'il fait destituer et place sous la tutelle de ses fils. Il tente ensuite de réparer les injustices commises par Miran Chah à Sultanieh. L'hiver, il va rétablir l'ordre en Géorgie, y faisant aussi arracher les vignes, avant de devoir se retirer en raison des conditions climatiques, pour revenir au printemps 1400, prenant Tiflis, rasant les forteresses, et obligeant le roi à venir lui faire sa soumission.

Tamerlan est alors contacté par les ambassadeurs byzantins venus lui proposer une alliance contre le sultan ottoman Bajazet la Foudre, cependant que ses espions à Bagdad lui apprennent que le sultan Ahmed, devenu paranoïaque, s'est enfui en Égypte chez le sultan mamluk Faradj, et que Muhammad Qara Yusuf a proposé une alliance à Bajazet.
Tahirten ayant justement été sommé par Bajazet de lui payer un tribut, en informe son suzerain Tamerlan. Celui-ci adresse une lettre de mise en garde insultante au sultan ottoman, qui lui répond par des menaces.
Tamerlan se rend auprès de Tahirten pour le rassurer, puis prend à son rival la ville fortifiée de Sivas, se retirant avant que Bajazet n'ait pu rassembler son armée pour l'affronter et surtout pour éviter d'être pris à revers par l'alliance du sultan de Bagdad, du sultan d'Égypte et de Syrie, et de la Horde du Mouton noir.

En octobre 1400, Tamerlan et son armée (8) pénètrent en Syrie et affrontent les troupes syriennes devant Alep. Les Syriens sont massacrés et la ville est prise et livrée au pillage ; la citadelle résiste encore quelques jours mais finit par se rendre. Le Grand Émir fait élever des tours de têtes coupées, mais s'emporte lorsqu'il apprend que des hommes vivants ont été tués pour ce faire, alors qu'habituellement on se contente de celles des morts.
Début décembre, Tamerlan commence le siège de Damas. À l'arrivée de l'armée de Faradj, il lui envoie une proposition de paix, mais le sultan mamluk envoie contre lui trois membres de la secte des Assassins, qui sont capturés, torturés pour révéler le nom de leur commanditaire, et tués.
Pendant le siège, Sultan Hussein, neveu de Tamerlan, passe à l'ennemi.
Suite à des man½uvres diplomatiques, une trêve tacite s'installe entre les deux armées, jusqu'au moment où, profitant de ce que le Grand Émir déplaçait son armée de l'ouest vers le nord-est de la ville, les forces syriennes et égyptiennes, soutenues par les habitants de Damas, passent à l'attaque, pensant les troupes en mouvement particulièrement vulnérables. Mais ce n'était pas le cas, et la victoire revient à Tamerlan.
Sultan Hussein, capturé à la tête de l'aile gauche de Faradj, reçoit la bastonnade conformément au yasaq, le Grand Émir refusant catégoriquement de verser le sang de sa propre famille (9).
Le lendemain, Faradj et son état-major profitent de la nuit pour s'enfuir, abandonnant les habitants de la ville à leur sort. Ces derniers décident de se rendre et envoient à Tamerlan une délégation menée par l'historien Ibn Khaldun, dont le conquérant apprécie fort la compagnie (10). La ville est lourdement rançonnée, puis livrée au pillage et partiellement incendiée lorsque sa citadelle se rend après 43 jours de siège.

Le 19 mars 1401, Tamerlan quitte Damas, soumet la Syrie, puis la Mésopotamie où il assiège Bagdad, qui est prise en juillet et dont quatre-vingt-dix mille habitants sont massacrés pour édifier cent vingt tours de têtes coupées (savants, religieux et artisans sont épargnés et envoyés à Samarkand).
Tamerlan regagne alors la Géorgie et l'Azebaïdjan, où il apprend que Bajazet a pris Erzindjan et emprisonné Tahirten et sa famille. Le sultan ottoman s'efforce de gagner du temps par la diplomatie, afin de préparer ses troupes à un affrontement qui semble inéluctable, mais le Grand Émir n'est pas dupe et fait de même. Il exige de Bajazet pour maintenir la paix qu'il lui livre Muhammad Qara Yusuf, qu'il rende à Tahirten (libéré) ses possessions et qu'il libère sa famille.

Le sultan ottoman ne lui ayant pas répondu, Tamerlan, après avoir occupé ses troupes à désensabler un canal alimenté par l'Araxe, regagne le sud de la Géorgie, renvoie ses femmes et ses petits-enfants à Tabriz, et envoie à Bajazet un ultimatum exigeant que ce dernier lui la forteresse de Kemakh, et l'un de ses fils comme otage, faute de quoi il envahirait l'empire ottoman.
L'état-major de Tamerlan considère Bajazet comme un adversaire redoutable et tente de dissuader le Grand Émir de l'attaquer, lui communiquant en particulier un horoscope prédisant sa défaite ; il réagit par un autre horoscope, favorable celui-là, réalisé par le plus grand astrologue de son empire.
Installé à Avnik pour attendre la réponse de son ennemi, Tamerlan y reçoit des messagers de Byzance, Gênes, Venise, et du roi de France. Il s'efforce aussi de ternir l'image de Bajazet auprès des populations musulmanes (afin en particulier de contrebalancer sa propre image d'allié des Européens).

Toujours sans réponse du sultan ottoman, Tamerlan passe à l'action : il fait prendre Kemakh par Muhammad Sultan, reprend Erzurum, puis Sivas où Bajazet lui envoie une ambassade rejetant ses exigences.
Dès le retour de ses ambassadeurs, Bajazet se prépare à la guerre qu'il sait désormais inéluctable. Il lève le siège de Constantinople (pourtant proche de tomber), rassemble son armée et se prépare à affronter son ennemi à Angora (11).
Mais Tamerlan s'efforce de rendre ses plans imprévisibles pour les Ottomans. Il attire leur armée au nord, vers Tokat, mais quitte lui-même Sivas vers Kayseri puis Kirsehir, se plaçant ainsi derrière les troupes de Bajazet. Lorsque ce dernier marche sur Kirsehir, Tamerlan part pour Angora qu'il rejoint en trois jours, ayant fait préparer son parcours à l'avance en faisant forer des puits par des puisatiers envoyés en précurseurs. Il assiège aussitôt la ville, mais ne parvient pas à s'en emparer avant l'arrivée de l'armée adverse, assoiffée et épuisée par les marches forcées.

Le 28 juillet 1402, après avoir rêvé de la victoire pendant la nuit, Tamerlan engage le combat vers neuf heures du matin.
Son armée se compose de plus de cent mille cavaliers, d'une vingtaine d'éléphants de guerre, et d'une infanterie réduite constituée de techniciens (sapeurs, ingénieurs, forgerons, puisatiers). La cavalerie est constituée d'escadrons légers armés d'arcs et de sabres, et d'escadrons lourds pourvus en outre de lances, de masses et de haches, et protégés par des cuirasses et des cottes de mailles. L'ensemble de l'armée est organisé en sept divisions : deux corps de bataille au centre, commandés par Tamerlan lui-même (et devant lesquels les éléphants sont disposés en ligne), deux ailes, chacune précédée d'une avant-garde, et une réserve à l'arrière.
Au cours de la bataille, les cavaliers turkmènes de Bajazet se rallièrent à Tahirten.
Vers midi, Tamerlan lance l'assaut décisif, engageant dans la bataille sa réserve dirigée par Muhammad Sultan. Les janissaires défendent Bajazet jusqu'au soir. Le sultan s'enfuit à cheval, mais est capturé par Mahmoud Khan. Tamerlan le traite honorablement, mais le fait transporter à dos de chameau dans une litière grillagée (12).
Le 29, Angora capitule. Tamerlan fait raccompagner deux envoyés du roi de Castille qui s'étaient retrouvés bloqués dans la ville assiégée par un ambassadeur qu'il envoie auprès de leur souverain (13).

Le Grand Émir passe ensuite un mois à Kutahya, pendant que son armée pille l'Anatolie.
Le 2 décembre 1402, il commence le siège de Smyrne, tenue par les chevaliers de Rhodes, et s'en empare en quelques jours.

Bajazet meurt en captivité à Aksehir le 9 mars 1403, et Tamerlan le fait inhumer à Brousse (14). Peu après meurent à leur tour Mahmoud Khan, et Muhammad Sultan (l'héritier du trône, âgé de 19 ans) le 13 mars. Ce dernier décès affecte fortement le Grand Émir, qui décrète le deuil dans tout son empire. Il quitte alors l'Anatolie, sans l'avoir incorporée à ses possessions, ravage au passage la Géorgie, et nomme son petit-fils Abou Bakr (deuxième fils de Miran Chah) gouverneur de Bagdad, avec pour mission de reconquérir la ville, reprise par Muhammad Qara Yusuf, et de la reconstruire.
Il fait aussi construire par son armée une ville nouvelle sur les ruines de Baylakan, puis hiverne dans le Karabagh, où il est rejoint par le chérif Sayyid Baraké, son conseiller spirituel, qui meurt peu après.

Au printemps 1404, il se met en route pour Samarkand, où il rend la justice, réorganise l'administration, s'attache à embellir la ville (faisant en particulier édifier le mausolée de Gur i-Emir pour Muhammad Sultan (15)), organise une grande fête pour le mariage de ses petits-fils, et désigne Pir Muhammad comme son héritier.

Car il prépare une nouvelle expédition militaire, contre la Chine cette fois, pour se libérer de vagues liens de vassalité que la Transoxiane a vis-à-vis de l'empereur Yung-lo. Le 27 décembre 1404, il prend dans sa litière la tête de deux cent mille cavaliers, malgré l'hiver particulièrement rigoureux, afin d'arriver en Chine au printemps. Faisant étape à Otrar, il y tombe malade le 12 janvier 1405 et y meurt le 19 janvier.
Son corps, embaumé, sera inhumé à Samarkand. Quant à son empire, déchiré par les luttes que se livrent ses descendants, il ne sera bientôt plus que l'ombre de ce qu'il avait été.



Reconstitution de la tête de Tamerlan
Droits réservés


Feuille de personnage GURPS

Les données techniques qui suivent sont conformes aux règles officielles du jeu (quatrième édition) et n'incorporent aucune de mes propres modifications (à l'exception du désavantage Bras infirme et de la spécialisation optionnelle Tactics (Poliorcétique), créés pour l'occasion, et de la compétence Opératique (terrestre) / TL (Mental/Hard), reprise de la troisième édition (Operations (Land)))

ST : 12 [20]
DX : 12 [40]
IQ : 13 [60]
HT : 16 [60]

HP : 12 [0]
Will : 15 [10]
Per : 13 [0]
FP : 16 [0]

Basic Speed : 7 [0]
Basic Move : 3 [-20]

Appearance : Impressive [4]
Cultural Familiarity : Asie centrale [0]
Cultural Familiarity : Proche-Orient [1]
Language : mongol (spoken : native) [0]
Language : persan (spoken : native / written : native) [6]
Language : turc (spoken : native) [3]
Wealth : Multimillionnaire 1 [75]
Reputation -3 : conquérant sanguinaire (auprès des populations attaquées) [-10]
Reputation +2 (auprès de ses soldats) [5]
Status : 8 [40]

Charisma : 1 [5]
Eidetic Memory [5]
Luck [15]

Enemy : Toqtamish et sa horde [-20]
Lame (Crippled Leg) [-10]
Bras infirme [-10] (-3 aux actions demandant l'usage du bras droit)

Quirk : impitoyable [-1]
Quirk : sens de la famille [-1]
Quirk : croit faire des rêves prémonitoires [-1]
Quirk : croit aux horoscopes quand ils lui sont favorables [-1]
Quirk : pieux musulman [-1]

Administration : 16 [12]
Animal Handling (Equines) : 15 [8]
Area Knowledge (Asie centrale et Proche-Orient) : 14 [2]
Axe/Mace : 12 [2]
Bow : 12 [2]
Brawling : 12 [1]
Broadsword : 13 [4]
Diplomacy : 12 [2]
Engineer (Combat) / TL3 : 12 [2]
Games (Chess) : 14 [2]
History (zone turco-mongole) : 14 [8]
Intimidation : 16 [4]
Lasso : 11 [1]
Law (empire de Tamerlan) : 16 [16]
Leadership : 16 [8] (bonus dû à Charisma compris)
Opératique (terrestre) / TL3 : 16 [16]
Riding (Horse) : 16 [16]
Savoir-Faire (High Society) : 14 [2]
Savoir-Faire (Military) : 15 [4]
Soldier / TL3 : 16 [12]
Spear : 11 [1]
Strategy (Land) : 15 [12]
Streetwise : 12 [1]
Survival (Desert) : 12 [1]
Survival (Mountains) : 13 [2]
Tactics (Poliorcétique) : 18 [20]
Tactics : 16 [0] (default du précédent)
Teamster : 12 [1]
Theology (Islam) : 14 [8]
Whip : 11 [1]

Horse Archery : 12 [5]

Point Total : 450 pts

Je n'ai accordé aucun crédit aux prétendus rêves prémonitoires et autres dons de voyance attribués au Grand Émir.
Il s'agit ici de Tamerlan à cinquante ans, alors qu'il n'est pas encore trop affaibli par l'âge et les maladies. Pour le vainqueur de Bajazet (en 1402), appliquer les modifications suivantes :

Wealth : Multimillionnaire 3 [125]
Bad Sight (Farsighted) [-25]
One Arm [-20] remplace Bras infirme (Bow et Horse Archery ne sont plus utilisables)
Wounded [-5]
Toqtamish a disparu, Bajazet vient d'être vaincu, Faradj reste en Égypte : Tamerlan n'a plus d'Enemy à sa hauteur
Opératique (terrestre) / TL3 : 18 [24]
Strategy (Land) : 18 [24]
Tactics (Poliorcétique) : 19 [24]
Tactics : 17 [0] (default du précédent)
Point Total : 497 pts


Les conquêtes de Tamerlan


En vert, l'empire de Tamerlan à sa mort en 1405


Rencontrer Tamerlan

Tamerlan est un homme d'1m70 (grand pour son époque), robuste et musclé, mais en raison des blessures reçues en 1363, son bras droit est estropié et il boîte de la jambe droite. Ses cheveux roux sont devenus poivre et sel avec l'âge, il porte de longues moustaches tombantes et une courte barbe. Son menton est carré, ses lèvres épaisses, ses pommettes saillantes, son nez court et légèrement épaté, ses sourcils épais, ses paupières tombantes et ses yeux, au regard terrible, bridés et écartés.
Sa jambe droite est plus courte et il la tient habituellement pliée au niveau du genou, articulation particulièrement douloureuse pour lui et souvent siège d'inflammations et d'abcès.
Son bras droit est plié en permanence, l'articulation du coude n'étant plus mobile. Ceci n'empêche pas Tamerlan de se servir couramment de ce membre. L'index droit, lui aussi victime d'une blessure mal guérie, est raide et tordu.

À partir de 1399, handicapé par une tumeur au bras, il ne pourra plus monter seul en selle, et il doit y être hissé par ses hommes. Par la suite, il ne se déplacera quasiment plus qu'en litière, ou soutenu par ses proches.

Conquérant terrible et sans pitié, Tamerlan se fait respecter des peuplades soumises par la peur, dont les pyramides de têtes coupées sont le symbole. Il n'est pas pour autant véritablement sanguinaire, n'éprouvant ni intérêt ni fascination pour la mort ou le sang. Il offre d'ailleurs aux places assiégées la possibilité de se rendre, qui leur épargne les massacres.
S'intéressant à la connaissance, et désireux de faire de sa capitale Samarkand la plus belle ville du monde, il y envoie les meilleurs artisans, les savants, les hommes de lettres et les religieux (musulmans) des villes conquises. Pour ce faire, il a d'ailleurs organisé un corps spécial chargé de les protéger lorsque leurs villes, vaincues, sont livrées aux pillages et aux massacres.
Imposant à ses armées une discipline rigoureuse, Tamerlan les dirige de l'avant, combattant avec elles et faisant preuve d'un véritable magnétisme de chef. Il aime les individus courageux, mais déteste les lâches. Il ne supporte pas qu'on conteste ses décisions ou qu'on fasse de l'ombre à sa puissance.
Intelligent et perspicace, il réfléchit vite et est pourvu d'une excellente mémoire. Il n'a qu'une parole, et ne revient pas sur ses décisions. Sa justice est sévère et inflexible, mais équitable. Il aime particulièrement la vérité. Sa devise est Force - Droiture (en persan : Rosti - Rasti).
Il est doté d'un profond sens de la famille, et possède quatre épouses.
Enfin, il semble persuadé de faire des rêves prémonitoires, et se croit l'élu d'Allah.

Invaincu sur le champ de bataille, Tamerlan a perfectionné l'organisation militaire mongole. Chaque homme est à peu près autonome, pourvu de deux chevaux, de deux arcs (un pour tirer à cheval, l'autre à pied), deux carquois, un sabre, un porte-manteau de cuir pour contenir ses vêtements, une hache, une scie, un poinçon, une aiguille à coudre, une outre (à gonfler pour traverser les cours d'eau), etc... Dans la cavalerie légère, les hommes ne sont protégés que par un casque ; dans la cavalerie lourde, ils ont en outre une cuirasse de cuir ou une cotte de mailles d'acier. Il y a une tente pour dix-huit hommes. Les troupes sont payées en monnaie tous les six mois : la solde des hommes est égale à la valeur du cheval, celle des officiers est très hiérarchisée.
En outre, il a constitué des effectifs de sapeurs particulièrement rodés à la prise des places-fortes, en particulier en montagne.
Son armée est particulièrement disciplinée, et capable de réaliser des man½uvres complexes.
Enfin, lui-même sait employer de multiples ruses de guerre.

Avant de commencer le siège d'une place, Tamerlan adresse à ses occupants une première sommation : s'ils se rendent, prêtent serment de vassalité et s'acquittent d'une forte rançon, ils ont la vie sauve. Sinon, le siège commence et les sapeurs se mettent à l'½uvre. Mais avant de lancer l'assaut final, une dernière sommation est faite, et permet, si elle est acceptée, de voir épargnée une partie des habitants, et de sauver la ville de la destruction (mais la garnison sera exécutée, la ville pillée et les remparts détruits).

Conquérant sanguinaire, Tamerlan se révèle aussi être doté d'une certaine érudition. Son intérêt pour les savants et les lettrés n'est pas une simple lubie. Il est capable de soutenir des discussions théologiques poussées, ou de parler d'histoire avec Ibn Khaldun. Il s'intéresse aussi aux arts. Il ne dédaigne pas non plus une bonne partie d'échecs, jeu qu'il pratique à un bon niveau.

Tamerlan peut être rencontré en de multiples lieux et circonstances en Asie centrale et au Proche-Orient.
Les personnages pourraient faire partie de ses fidèles cavaliers, être des lettrés ou des artisans "invités" à Samarkand, des ambassadeurs envoyés vers lui par des souverains lointains, ou appartenir à la population d'une ville ou d'une région conquise par le Grand Émir (auquel cas, les choses risquent fort de mal tourner pour eux...).

À l'exception de Wind on the Steppes, qui se contente de le mentionner à quelques reprises, Tamerlan n'entre pas vraiment dans le cadre décrit par les divers JDR historiques présentés dans ces pages : il est postérieur à l'époque de Légendes des mille et une nuits, d'Arabian Nights, et de son homonyme pour Rolemaster, et à l'extérieur des régions couvertes par China ou Middle Ages 1.
Il est toutefois légèrement abordé dans Timeline (pages 68 et 69) et dans Places of Mystery (page 44 ; ce dernier ouvrage contient également quelques informations sur Samarkand en pages 44 et 45).
Tamerlan est également mentionné à plusieurs reprises dans la gamme GURPS à l'occasion de la description de Terre parallèles : ainsi, sur Ezcalli il meurt en conquérant Java en 1405 (Alternate Earths, page 101), et sur Ottoman-3 il conquiert la Chine dans les années 1390, laissant le champ libre à Bajazet face à Constantinople (Infinite Worlds, page 118).


Que se serait il passé si... ?

Le père de Tamerlan, Taragaï, était un homme pacifique.
Qu'aurait il pu se passer si Timour lui-même n'avait eu aucun goût pour le métier des armes ? Serait il devenu historien ? docteur de la loi ? grand voyageur ? architecte ? Quel aurait été son impact sur l'Histoire ?
Et un autre grand conquérant se serait il taillé à sa place un empire en Asie centrale ? Mir Hosseïn par exemple aurait il été à la hauteur ?
Ou au contraire, les Mongols de Toqtamish, ou peut-être plutôt de Kamar ed-Din ou de Timour Malik, auraient ils dominé la Transoxiane et les régions avoisinantes ? Et sans avoir été saignés à blanc par Tamerlan, auraient ils pu s'opposer à l'expansion russe vers l'est, véritablement commencée avec Ivan le Terrible, un siècle et demi plus tard ?

Par ses rébellions répétées, liées en particulier à la différence de religion entre sa population (chrétienne) et celle du reste de l'empire, la Géorgie constitua en permanence une épine dans le pied de Tamerlan.
Qu'aurait il pu se passer si Tamerlan ne l'avait pas conquise ? Aurait il pu affecter les troupes, l'énergie et le temps nécessaires au rétablissement de l'ordre dans cette partie de son empire, à d'autres conquêtes ? Aurait il ainsi pu étendre ses possessions plus loin, dans d'autres directions ?

À plusieurs reprises (en 1391 en particulier, mais aussi en 1395), Tamerlan a lancé ses troupes dans de longues expéditions en territoire mongol, à la recherche de l'insaisissable armée de Toqtamish.
Qu'aurait il pu se passer si ces recherches avaient été infructueuses pendant plus longtemps, l'ennemi très mobile restant perpétuellement hors de portée des éclaireurs de Tamerlan ? Celui-ci aurait il épuisé son armée dans une longue chasse aux oies sauvages, pour la voir décimée par la fatigue, la faim, le froid, et peut-être aussi le coup de grâce d'un assaut massif des Mongols ?
Et pendant qu'il poursuit un adversaire introuvable, les provinces les plus agitées de son empire auraient elles réussi à secouer le joug des gouverneurs qu'il avait laissés derrière lui ?

En envahissant l'Anatolie, Tamerlan força Bajazet à lever le siège de Constantinople, pourtant bien avancé.
Qu'aurait il pu se passer si Tamerlan et Bajazet avaient réussi à trouver un terrain d'entente diplomatique, ou si Tamerlan avait renoncé à son expédition ? Bajazet aurait il pris Constantinople ? Quelles auraient été les conséquences de la chute prématurée de la ville pour la chrétienté d'Orient? Et pour l'Europe ?

Après sa victoire sur Bajazet, Tamerlan envisageait de lui rendre l'Anatolie, en échange d'une rançon et d'un traité de vassalité.
Qu'aurait il pu se passer si Bajazet n'était pas mort en 1403, mais avait survécu et si Tamerlan avait procédé à son égard comme il en avait l'intention ?
Bajazet aurait il respecté son nouveau suzerain, ou l'aurait il à nouveau combattu ?
Si Bajazet s'était rebellé, quelles auraient été les conséquences sur l'empire de Tamerlan ? Le Grand Émir aurait il pu envoyer des troupes reprendre Bagdad ? Aurait il annexé l'Anatolie à ses possessions ? Serait il mort en Asie Mineure sans être retourné à Samarkand ?
Et si au contraire Bajazet lui était resté soumis, les deux chefs de guerre auraient ils uni leurs efforts pour faire tomber Constantinople quelques décennies plus tôt ? Les talents de Tamerlan seraient ils venus rapidement à bout des défenses de la ville ? Les armées musulmanes se seraient elles lancées à l'assaut de l'Europe ?

Tamerlan n'a jamais mené de conquête en Europe (ou plus exactement, car l'Europe s'étend à l'est jusqu'à l'Oural, jamais de l'autre côté du Bosphore).
Qu'aurait il pu se passer si Tamerlan avait lancé ses armées sur ce continent, en leur faisant traverser le Bosphore ou en contournant la mer Noire par le nord ?
Quelle aurait été l'étendue de ses conquêtes ? De ses ravages ?
Serait il arrivé jusqu'en France, comme son lointain prédécesseur Attila ? Aurait il mené ses armées jusqu'à l'extrémité de la péninsule ibérique ? Ou y aurait il poussé Toqtamish et ses hordes, fuyant devant leur redoutable ennemi ?
Aurait il rencontré sa Sainte Geneviève et connu ses Champs Catalauniques ?
Une situation dans laquelle Tamerlan envahit l'Europe en 1392 est envisagée en page 29 de Who's Who 2 (mais telle qu'elle est présentée, elle me parait bien peu crédible, les expéditions du Grand Émir en 1392 me paraissant peu à même de déboucher sur une telle invasion).
La piste de l'invasion de l'Europe est également très brièvement esquissée au tout début de l'uchronie de Kim Stanley Robinson Chroniques des années noires.

De même, Tamerlan est mort avant d'avoir pu envahir la Chine.
Qu'aurait il pu se passer s'il s'était lancé plus tôt à l'assaut de l'empire des Ming ? Aurait il pu reprendre le flambeau de Qubilai-khan, chassant du pouvoir les Ming qui avaient supplanté la dynastie mongole ?

Et le Grand Émir aurait pu s'intéresser à d'autres régions...
Qu'aurait il pu se passer s'il avait attaqué l'Égypte ? la péninsule arabique ? S'il avait achevé à partir de 1399 la conquête du sous-continent indien ?

À la mort de Tamerlan, ses descendants se livrèrent à des luttes fratricides pour le trône, au lieu de le laisser à l'héritier désigné, Pir Muhammad.
Qu'aurait il pu se passer si les droits de Pir Muhammad au trône avaient été respectés par les autres timourides ? L'empire bâti par Tamerlan aurait il été stable et durable, véritable successeur de celui de Gengis-khan ? Aurait il soumis la Chine, comme Tamerlan lui-même en avait l'intention ? La Mongolie ? La Sibérie ? Se serait il tourné vers l'Europe ?
Ou au contraire, Pir Muhammad aurait il été dépourvu de la carrure nécessaire pour tenir et gérer un si grand empire ?
Et si Muhammad Sultan, dont les capacités semblaient plus prometteuses, avait survécu et avait été désigné comme héritier par son grand-père, aurait il, lui, su s'imposer mieux que son frère ? Aurait il pu tenir et agrandir l'empire de Tamerlan ?


Bibliographie

Parmi les principales sources consultées pour réaliser cette page, on peut citer :
KEHREN Lucien : Tamerlan (éditions Payot, collection Histoire n° 27)


Notes

1 : Ou Timour Lenk.
Parmi ses autres surnoms, mentionnons Timour Beg (en turc, Seigneur de fer), et Sahib Kiran (Maître de la conjonction des astres). Les pièces de monnaie à son effigie portaient le nom Timour Kourgan (en persan) ou Timour Köregen (en turc), qualificatifs qui le rattachaient à la famille de Gengis-khan.

2 : Ce khan n'a pour seule autorité réelle que le commandement d'un escadron d'élite.

3 : L'actuelle Urgench.

4 : Toqtamish deviendra ensuite grand khan des Hordes en 1381, réunissant sous son autorité les deux khanats de la Horde blanche et de la Horde d'or.

5 : Nous dirions plutôt déporter...

6 : L'actuelle Tbilissi.

7 : L'actuelle Erzincan.

8 : Comprenant en particulier des éléphants de guerre pris à Delhi, qui feront des ravages devant Alep.

9 : Rentré en grâce, Hussein s'illustrera à la bataille d'Angora en attaquant les janissaires de Bajazet.

10 : Mais qu'il ne forcera pas à venir à Samarkand, ce qui est pour le moins surprenant.

11 : L'actuelle Ankara.

12 : Ceci est à l'origine de la légende selon laquelle Tamerlan aurait enfermé Bajazet dans une cage et traité comme un animal.

13 : Ils arriveront à Cadix en février 1403.

14 : L'actuelle Bursa.

15 : C'est dans ce mausolée que Tamerlan lui-même fut inhumé.


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