Suffragette City


Ébauche de scénario se déroulant à Paris pendant la tourmente révolutionnaire, et plus précisément pendant la Terreur.

Ce scénario a été rédigé à l'origine pour être présenté hors compétition au vingt-et-unième concours de scénarios de la Cour d'Obéron, dont le thème était des hommes ordinaires, et l'élément imposé, un décalage. Il est présenté ici dans une version mise à jour.

Si vous êtes censés participer à ce scénario en tant que joueurs, ne lisez pas plus loin...


Ce scénario est tout spécialement dédié à Isabelle, qui m'a fourni des pistes que je n'ai pas vraiment exploitées. Wham, bam, thank you ma'am ! !-)


Article premier : La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Ce scénario est prévu pour un groupe de personnages vivant à Paris en 1793, pendant la seconde Terreur. Ils font partie des proches d'Uranie Niogret, une actrice belle et talentueuse âgée de 28 ans, originaire d'Alençon (d'où ses surnoms, La belle Alençonnaise ou L'amazone d'Alençon) mais habitant la capitale depuis 1791. Ils peuvent appartenir à sa famille, être ses amis de plus ou moins longue date, son ou ses soupirant(s) (elle est encore célibataire), ou être des compagnons de lutte politique. Ils pourraient par exemple l'avoir rencontrée à la faveur des évènements tumultueux de ces dernières années : après avoir fait partie des femmes recrutées par Olympe de Gouges pour défiler le 14 juillet 1792, Uranie Niogret a participé de façon remarquée, une pique à la main, à la prise des Tuileries le 10 août, et début mars 1793, elle a fondé, avec d'autres femmes (dont des PJ, peut-être ?), la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires, un club politique féminin, affilié au club des Jacobins, proche des idées radicales des Enragés, et tentant, à côté de revendications sociales et d'objectifs patriotiques, d'obtenir pour les femmes les mêmes droits que leurs congénères masculins : droit de vote, droit d'être élue, accès à tous les emplois civils et militaires, droit de porter des armes, entre autres : bref, les Citoyennes Patriotes Révolutionnaires considèrent que les femmes sont des hommes ordinaires. Uranie Niogret et les autres meneuses de sa Société ont à plusieurs reprises pris la parole devant la Convention ou le club des Jacobins pour revendiquer ces droits, jusqu'à présent en vain.


Article II : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.

Jeune, belle et non mariée (bien qu'ayant eu plusieurs amants), Uranie Niogret ne manque pas d'attirer l'intérêt (voire la convoitise) d'hommes, certains ayant tendance à confondre refus du mariage (tombeau de la confiance et de l'amour, selon les mots d'Olympe de Gouges) et femme facile. C'est le cas en particulier du citoyen Octave Mongin (député de Seine-Inférieure, membre du club des Jacobins et proche de Robespierre), dont Uranie a fermement repoussé les avances, allant jusqu'à l'éclat de voix en public (peut-être devant certains des PJ ?). Le prétendant éconduit n'entend pas en rester là, et est bien décidé à arriver à ses fins ou, à défaut, à détruire l'objet de son désir. Et rapidement, seule la seconde possibilité restera présente à son esprit.


Article III : Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Le vendredi 31 mai, annoncée par le tocsin matinal, une insurrection anti-girondine de la Commune éclate à Paris. Peut-être les personnages y participent ils ? Uranie Niogret est là, bien sûr, avec d'autres membres de la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires ; elle prend part aux débats politiques, et harangue la foule pour l'encourager.
Suite à une algarade avec deux sans-culottes qu'elle accuse d'avoir quitté leur poste et qu'elle menace d'un couteau, elle est arrêtée et incarcérée à la Petite-Force (prison pour femmes située rue Pavée, dans le quartier du Marais). Les personnages peuvent se rendre à la prison pour tenter de persuader le commissaire de section de la Commune de libérer leur amie. S'ils ne sont pas suffisamment éloquents ou persuasifs, quelques Citoyennes Patriotes Révolutionnaires obtiendront cette libération plus tard dans la soirée.

Une nouvelle journée insurrectionnelle (à laquelle participe à nouveau Uranie Niogret) a lieu deux jours plus tard (2 juin), aboutissant à l'arrestation de 29 députés girondins et marquant le début de la deuxième Terreur.


Article IV : La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Le lundi 24 juin, la Constitution de l'an I est adoptée, et avec elle, le suffrage universel. Universel, ou presque, car il est exclusivement masculin...

Le 25 juin, Jacques Roux, le curé rouge, meneur des Enragés, présente devant la Convention le manifeste des Enragés, dans lequel il critique le régime et accuse les députés de voter des lois qui "n'ont été faites que par les riches et pour les riches". Violemment hué par les Montagnards, critiqué, attaqué, il s'attire la haine personnelle de Robespierre.
Or la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires, et tout particulièrement Uranie Niogret, avait soutenu la pétition de Roux. Mongin voit dans l'attitude de son "parrain" Robespierre, qui va s'acharner contre Roux (prononçant en particulier contre lui le 28 juin un discours, véritable réquisitoire, devant le club des Jacobins, et se rendant le 30 juin à la tête d'une délégation au club des Cordeliers pour en obtenir l'exclusion de son adversaire), une incitation à faire de même contre la Belle Alençonnaise, l'un de ses soutiens les plus virulents. Puisqu'il n'a pu l'avoir pour lui, il va la détruire. L'été sera chaud... et pas seulement à cause de la canicule qui frappe la France (il fera plus de 38 °C à Paris le 8 août !).


Article V : Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu par ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

Marat se joint à son tour à Robespierre, publiant le 4 juillet un pamphlet attaquant violemment Roux. Lorsque Marat est assassiné par Charlotte Corday le 13 juillet, Mongin croit avoir trouvé son angle d'attaque : la meurtrière, une femme, était donc forcément liée à la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires. Et lorsque quatre jours plus tard, Corday ayant été guillotinée et ne risquant donc plus de contredire cette thèse du complot, Uranie Niogret se rend au club des Jacobins afin d'obtenir leur appui pour une pétition qu'elle compte présenter à la Convention le lendemain, réclamant l'exclusion des nobles des cadres militaires et la constitution de compagnies d'amazones pour aller combattre l'insurrection vendéenne, elle tombe dans un guet-apens : en présence de Robespierre, Mongin déclame un discours dans lequel il accuse la Belle Alençonnaise d'être aux côtés de Roux (dont il déclare même qu'elle est la maîtresse !) l'instigatrice de l'agitation secouant la capitale, de faire le jeu des Girondins, d'être une agente des intérêts autrichiens, et d'avoir commandité l'assassinat de Marat. Ce dernier étant alors considéré comme un martyr de la Révolution (d'ailleurs, Jacques Roux lui-même n'avait pas hésité à utiliser son nom, signant L'Ombre de Marat dans les pages de son nouveau journal, Le Publiciste de la République Française, dont le premier numéro venait de paraître le 16 juillet !), Mongin n'a aucune peine à soulever l'hostilité des Jacobins. Huée, insultée, Uranie Niogret, au bord des larmes, quitte précipitamment les lieux.

Fortement déçue par le comportement des Jacobins, l'Amazone d'Alençon va traverser une légère crise dépressive, en complet décalage avec son tempérament d'ordinaire enjoué. Elle reste plusieurs jours cloîtrée chez elle, n'ayant de contacts qu'avec ceux de ses proches qui viennent la voir.
Mongin quant à lui ne reste pas inactif : par l'intermédiaire d'un commissaire de ses amis, il fait épier Uranie Niogret en permanence par deux policiers qui se relaient, espérant la prendre en flagrant délit d'une quelconque activité subversive. L'actrice ne sortant pas de chez elle, ils font le planton dans la rue (ou parfois, lorsque la concierge les laisse entrer, dans l'escalier de l'immeuble), et les personnages pourraient les y repérer. Ces deux individus ayant pour eux la force de l'autorité, ne se laisseront pas impressionner facilement si les PJ, les prenant pour de vulgaires petites frappes, tentent de les faire déguerpir, mais un perso ayant le bras un peu long pourrait les faire dégager (auquel cas, Mongin l'apprendra bien entendu, et ajoutera le responsable à sa "liste noire"). Quant au recours à la manière forte, il risque d'apporter plus d'ennuis à ses utilisateurs que de bénéfices à leur amie...


Article VI : La Loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Le 27 juillet, Robespierre est élu au Comité de Salut Public.
Le premier août sont instituées à Paris des cartes de rationnement du pain.

Le samedi 10 août, a lieu la commémoration du 10 août 1792, sur l'emplacement de la Bastille. Uranie Niogret est présente (mais pas Olympe de Gouges, qui a été arrêtée le 20 juillet) ; c'est sa première apparition en public depuis le 17 juillet (à moins que les PJ ne l'aient convaincue de sortir de sa retraite plus tôt). Sauf si les personnages ont réussi à se débarrasser des flics de Mongin, l'un d'entre eux est là aussi, à quelques pas de distance. Il est possible de chauffer la foule habilement, en le désignant par exemple comme un espion royaliste, et de réussir à le faire passer à tabac.


Article VII : Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

Entre l'amour et la haine, le c½ur de Mongin balance encore. Il décide de mettre à profit les renseignements recueillis par les policiers ayant suivi Uranie Niogret et observé ses moindres faits et gestes pour organiser l'enlèvement de l'actrice.

Faisant appel à un petit groupe d'hommes de main, il leur confie la tâche de s'emparer de la Belle Alençonnaise (si la surveillance policière a montré qu'elle avait des habitudes, en particulier des trajets quotidiens seule selon des itinéraires immuables, de préférence tard le soir ou tôt le matin, peut-être pour chercher un peu de fraîcheur, c'est là que Mongin dira à ses sbires d'intervenir) et de la conduire dans la cave de sa maison bourgeoise, dans laquelle il a aménagé une cellule de prison, relativement confortable par ailleurs. Il pense, sans doute très naïvement, réussir à amadouer Uranie Niogret en la maintenant captive en son pouvoir (comptant peut-être sur ce qu'on appellera deux siècles plus tard le syndrome de Stockholm) ; mais lorsqu'il finira par réaliser que, loin de parvenir à ses fins, il n'a fait que renforcer le mépris et le dégoût dans lesquels elle le tient, la colère l'emportera et il assouvira violemment ses pulsions.

Les personnages pourraient être témoins de l'enlèvement (voire réussir à l'empêcher ; auquel cas, une nouvelle tentative pourrait être organisée un peu plus tard), ou n'arriver que trop tard sur les lieux et devoir remonter la piste des ravisseurs.
Quoi qu'il en soit, il est essentiel pour la suite du scénario qu'Uranie Niogret soit libre fin août, qu'elle se soit évadée seule ou que les personnages l'aient libérée.
Bien entendu, Mongin sera alors identifié comme étant l'adversaire de la Belle Alençonnaise. Celle-ci déposera plainte contre lui (mais le député a de l'influence et parviendra à s'en sortir sans procès, faute de preuves), et le brocardera lors d'un discours très virulent prononcé devant le club des Jacobins. Dès lors, la décision de Mongin est prise : il détruira Uranie Niogret.


Article VIII : La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

Le 22 août, Robespierre est élu à la présidence de la Convention.
Le lendemain, Roux est arrêté sous l'accusation de détournement de fonds, mais faute de preuves, il est remis en liberté le 27.
Le 4 septembre, une manifestation pour obtenir du pain est organisée devant l'Hôtel de Ville.
Le 5 septembre, alors qu'Uranie Niogret et Claire Lacombe (de la Société des Républicaines Révolutionnaires) réclament l'épuration du gouvernement, ce qui leur vaut l'hostilité violente des Jacobins, Jacques Roux est à nouveau arrêté, pour de bon cette fois.

Quelques jours plus tard, lassé que la surveillance policière qu'il a fait mettre en place ne lui ait pas fourni de motif suffisant pour faire emprisonner et juger Uranie Niogret, Mongin, enhardi par l'attitude désormais ouvertement hostile des Jacobins envers elle, décide d'inventer un faux prétexte, et fait dénoncer la Belle Alençonnaise par l'un de ses voisins, soudoyé pour l'accuser d'avoir donné asile à une aristocrate ; elle est donc arrêtée.
Une fois encore, les personnages devront tenter de faire sortir leur amie de prison, soit par influence (par exemple, s'ils sont des sans-culottes notoires), soit en tablant sur leur éloquence, soit en apportant la preuve que l'accusation est infondée, soit pourquoi pas en infiltrant la prison, voire en la prenant d'assaut.
Interroger de façon un peu musclée le délateur permettra par ailleurs d'obtenir la description de l'individu qui l'a payé pour porter sa fausse accusation : elle correspond bien entendu à Mongin.
Sinon, le procès aura lieu rapidement, et devrait permettre aux personnages d'obtenir l'acquittement de la Belle Alençonnaise, faute de preuves, voire de faire retomber le bras de la justice sur le porteur du faux témoignage (mais sans pouvoir remonter jusqu'au député de la Seine-Inférieure).

Mongin use alors de son influence au sein du club des Jacobins pour obtenir l'ouverture d'une enquête sur la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires, les qualifiant de "prétendues révolutionnaires" et de "harpies". Son objectif est de discréditer totalement la Société aux yeux des Jacobins, la coupant ainsi de son principal soutien politique, et donc de retirer à Uranie Niogret les appuis sur lesquels elle peut encore compter.

Le 17 septembre est promulguée la loi des suspects, qui ordonne l'arrestation des ennemis de la Révolution.

Le 21 septembre, un décret de la Convention rend le port de la cocarde tricolore obligatoire pour les femmes (il l'était déjà pour les hommes depuis avril). La rumeur, alimentée par un net regain d'activité de la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires, court dans Paris que les femmes vont se couper les cheveux, porter le bonnet rouge, demander le droit de porter les armes et le droit de vote. Les hommes se sentent plus que jamais menacés par ces revendications féministes, et Mongin, tant à la Convention qu'au club des Jacobins, attise encore plus leurs craintes et leur rejet des demandes d'Uranie Niogret et de ses compagnes. Il est possible que des personnages masculins, craignant pour la suprématie du sexe dit fort ou redoutant que tout cela se termine sur la guillotine, décident alors de cesser de soutenir la Belle Alençonnaise...

Le 29 septembre est votée la seconde loi du maximum, qui fixe un prix maximal pour la vente de nombreuses denrées, mais aussi pour les salaires.

Le 5 octobre (14 vendémiaire an II), jour où est adopté le calendrier révolutionnaire, Uranie Niogret se présente devant la Convention pour se défendre publiquement face à ses adversaires, dont elle réfute les arguments avec éloquence, au grand agacement de Mongin. La Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires retrouve son éclat et redouble d'activité, présentant encore une fois une adresse à la Convention pour obtenir le droit de vote pour les femmes.

Tandis qu'à partir du 29 vendémiaire (20 octobre), le Comité de Salut Public, mené par Robespierre, organise une répression générale contre les Enragés, Mongin parvient à monter contre la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires (fragilisée par la chute des Enragés) les poissardes (marchandes des Halles), hostiles au port de la cocarde, en leur faisant croire que "les harpies de l'Alençonnaise" vont leur imposer, après la cocarde, le port du bonnet rouge. Le 8 brumaire (29 octobre), alors que Fabre d'Églantine, à la tribune de la Convention, prononce un discours qui est un véritable réquisitoire contre les féministes révolutionnaires, jouant sur les sombres peurs du public masculin en agitant le spectre de hordes de femmes armées, meurtrières et castratrices, Uranie Niogret et un groupe de féministes sont violemment prises à parti aux Halles, et après les noms d'oiseaux, force horions sont échangés avec des poissardes, qui, du fait de leur nombre, ont le dessus : la Belle Alençonnaise est même saisie, et publiquement fouettée, robe relevée, par ses adversaires.
Le lendemain, suite à une dénonciation par les dames des Halles, revendiquant la liberté du costume, et à un rapport sur les évènements quelque peu retouché au passage par Mongin (qui raconte ainsi que les Citoyennes Patriotes Révolutionnaires ont tenté, sous la menace de pistolets, de contraindre les poissardes à revêtir, non seulement le bonnet rouge, mais aussi le costume masculin), la Convention, presque à l'unanimité, ordonne la fermeture et la dissolution des sociétés féminines, dont la Société des Républicaines Révolutionnaires, de Pauline Léon et Claire Lacombe, et bien sûr celle des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires. Uranie Niogret, présente dans la tribune, n'a pas la possibilité de se faire entendre pour se défendre. Les femmes n'ont désormais plus de véritable moyen d'intervenir dans la vie politique.

Le 12 brumaire (2 novembre), Olympe de Gouges est jugée et condamnée ; elle est guillotinée le lendemain, après avoir déclaré : "Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort !".
Les féministes révolutionnaires ont mangé leur pain blanc.


Article IX : Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.

Le 10 brumaire (31 octobre), la Convention bannit les termes de monsieur et madame, les remplaçant par citoyen(ne). Le tutoiement est rendu obligatoire dans les administrations le 18 brumaire (8 novembre), et à Paris le 22 brumaire.
Le 16 brumaire, le bonnet rouge devient la coiffure officielle de tous les membres de la Commune de Paris.

Menée par Mongin, une véritable campagne d'éradication est lancée contre les restes des sociétés féminines, et en particulier par leurs meneuses. Certaines se cachent, comme Claire Lacombe ou Pauline Léon (qui seront finalement arrêtées le 11 germinal (31 mars 1794)). Uranie Niogret ne souhaite pas se résoudre à une telle extrémité, et ne passera à la clandestinité que si les personnages parviennent à l'en convaincre.
Si elle ne se cache pas, la Belle Alençonnaise est arrêtée quelques jours plus tard.


Article X : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.

Le 17 pluviôse an II (5 février 1794), Robespierre présente à la Convention un rapport, dans lequel il fait l'apologie de la Terreur.

Le 22 pluviôse (10 février), Jacques Roux se suicide en se poignardant à la prison de Bicêtre (après une tentative ratée le 16 pluviôse). Le tribunal de police correctionnelle, qui aurait dû le juger, s'étant déclaré incompétent, l'avait renvoyé entre les griffes du tribunal révolutionnaire, ce qui lui assurait en quelque sorte de finir sur l'échafaud.

La Terreur s'accélère. Le 14 ventôse (4 mars), au club des Cordeliers, les hébertistes lancent un appel à l'insurrection. Le 23 ventôse, les dirigeants hébertistes sont arrêtés ; Hébert est guillotiné le 4 germinal (24 mars).
Le 7 germinal (27 mars), c'est l'arrestation à Bourg-la-Reine de Condorcet, l'un des rares révolutionnaires hommes féministes (avec Gilbert Romme) ; il se suicide en prison le lendemain.
Le 10 germinal (30 mars), Danton et ses partisans sont arrêtés ; ils seront exécutés le 16 germinal.
Le 13 germinal (2 avril) a lieu l'arrestation de Claire Lacombe, Pauline Léon, et du journaliste enragé Leclerc, qui se cachaient depuis brumaire.

Le 16 prairial (4 juin), Robespierre est élu à l'unanimité président de la Convention. Le 20 prairial, il organise la fête de l'Être Suprême. Il y prononce un court discours, mais dans la foule s'élèvent les cris de "Dictateur !" et de "Tyran !".
Le 22 prairial (10 juin), la Convention vote la loi du 22 prairial an II accélérant la procédure et supprimant toute garantie judiciaire pour les accusés, qui n'ont même plus droit à un défenseur : c'est le début de la Grande Terreur, instituée par décret le 23 prairial.


Article XI : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Si Uranie Niogret se cache dès brumaire et la dissolution de la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires, elle peut espérer échapper à la prison. Les personnages devront se charger des contingences matérielles (lieu, ravitaillement, etc...). Si la Belle Alençonnaise est découverte, ils seront très certainement emprisonnés eux aussi, et risquent fort de finir sur l'échafaud.
Mongin fera à nouveau appel à la police parisienne pour tenter de retrouver la fugitive, mais, en l'absence de piste, ses efforts cesseront en nivôse (à partir de fin décembre 1793). Cependant, il a la rancune tenace, et si jamais Uranie Niogret refait surface, il fera tout pour qu'elle soit incarcérée et condamnée.
Si elle parvient à s'éloigner de Paris, elle ne risquera cependant plus grand chose de la part de Mongin, et pourra sortir de la clandestinité.


Article XII : La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

Si Uranie Niogret est capturée, elle sera tout d'abord inculpée par le tribunal révolutionnaire et incarcérée à la prison de l'Abbaye.
La suite des évènements dépendra de l'époque : avant germinal, la Belle Alençonnaise va croupir un certain temps en prison avant son jugement ; mais à partir de germinal, les choses s'accélèrent, et Fouquier-Tinville, l'accusateur public, obtient rapidement sa condamnation à mort, le procès ayant lieu le lendemain de l'arrestation et la sentence étant exécutée dans un délai de six jours ; pendant la Grande Terreur, l'exécution a lieu le lendemain du procès, voire le soir même.
Uranie Niogret peut tenter d'échapper temporairement à la guillotine en se déclarant enceinte. Elle sera alors transférée à l'Hospice de l'Évêché, hôpital-prison où elle sera examinée par des médecins et sages-femmes. Si la grossesse est confirmée, il sera sursis à son exécution, mais dans le cas contraire (y compris si l'examen ne permet pas de conclure avec certitude), elle sera envoyée à l'échafaud le lendemain.
La Belle Alençonnaise peut également tenter d'obtenir son transfert vers une autre prison en invoquant une raison médicale (blessure ou maladie) nécessitant des soins. À moins qu'elle n'ait déjà été condamnée à mort et que son exécution ne soit plus qu'une question de jours (voire d'heures), ou qu'on soit en germinal ou plus tard (auquel cas la situation est la même que si le procès avait eu lieu, son résultat ne faisant aucun doute), elle sera envoyée à l'infirmerie de la prison de la Petite Force (prison qu'elle a déjà fréquenté fin mai 1792 ; les personnages pourraient éventuellement mettre à profit la connaissance des lieux pour établir un plan d'évasion, mais la tentative sera particulièrement difficile à réussir).
De la Petite Force, Uranie Niogret pourrait (si elle n'a pas encore été condamnée et si l'époque n'est pas encore aux jugements hâtifs) être à nouveau transférée, pour sa convalescence, vers la maison de santé de la citoyenne Marie-Catherine Mahay, une maison bourgeoise dans une cour arborée, rue du Chemin Vert. Cet établissement n'étant pas une véritable prison, en organiser une évasion est de l'ordre du faisable. Si les personnages réussissent à en faire sortir leur amie, la citoyenne Mahay, âgée de trente ans, sera consignée chez elle, avec son personnel et ses pensionnaires.
Avant son jugement par le tribunal révolutionnaire (situé au premier étage du bâtiment), la prisonnière sera transférée à la Conciergerie.
Si les personnages peuvent tenter de faire évader leur amie lors d'un transfert, cela n'est plus envisageable lorsqu'elle sera conduite de la Conciergerie à l'échafaud dressé place de la Révolution (actuelle place de la Concorde).


Article XIII : Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.

Le 9 thermidor (27 juillet), la Convention vote l'arrestation de Robespierre et de ses proches (dont Mongin). Ils sont libérés par leurs partisans, qui les amènent à l'Hôtel de Ville. Mais le 10 thermidor à deux heures et demie du matin, les troupes fidèles à la Convention s'emparent du bâtiment ; Robespierre et ses compagnons sont guillotinés le soir même, et d'autres robespierristes, dont Octave Mongin, suivront le lendemain.
La loi du 22 prairial est abrogée, et le 18 thermidor (5 août), les suspects contre lesquels aucune charge n'a été retenue (dont Uranie Niogret, si elle est encore vivante et toujours en prison) sont libérés. La Terreur est bien finie.


Article XIV : Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée de l'impôt.

Et les PJ dans tout ça ?

Le but du scénario est de sauver Uranie Niogret des agissements d'Octave Mongin.
Pour cela, les personnages pourront bien entendu réagir aux actions du député. Mais le seul moyen de faire cesser son acharnement est de l'éliminer, soit directement (en l'assassinant), soit indirectement (par la méthode douce, en le discréditant aux yeux des Jacobins, de la Convention, et de Robespierre ; ou par la méthode dure, en obtenant son arrestation et son exécution ; l'une ou l'autre méthode nécessitant probablement de monter un complot contre la victime).
Mais tout ceci est rendu particulièrement difficile par le fait que la source des ennuis de la citoyenne Niogret n'est pas clairement identifiable. Il est peu probable, surtout au début, que les personnages identifient Mongin comme étant à l'origine de tous ces tracas. Suite à l'enlèvement, ou lorsque ses discours montreront clairement à quel point il est l'adversaire politique de l'Amazone d'Alençon, il deviendra plus naturel de le soupçonner. Mais d'un autre côté, plus les jours passent, et plus la machine de la Terreur se dresse contre Uranie Niogret ; passé un certain cap, l'élimination de Mongin, même définitive, ne changera plus grand chose à la situation.

Plus les personnages s'investiront dans la protection et la défense de la Belle Alençonnaise, plus ils risqueront d'être repérés par Mongin, qui tentera alors de les éliminer aussi.

Et plus Paris s'enfonce dans la Terreur, plus Uranie et les personnages risquent d'en être victimes, indépendamment des agissements de Mongin !


Article XV : La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

Notes :

À l'exception d'Uranie Niogret, d'Octave Mongin et de la Société des Citoyennes Patriotes Révolutionnaires, les personnes, évènements et sociétés utilisés dans ce scénario sont authentiques.

Les intertitres du scénario sont les articles de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, d'Olympe de Gouges.


Article XVI : Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n'a pas coopéré à sa rédaction.

Bibliographie :

Quelques rares JDR se sont penchés sur le thème de la Révolution Française, mais avec peu de bonheur :

Aux armes, citoyens ! est à ma connaissance le seul JDR dédié à cette période, mais les informations qu'il fournit sur le contexte sont squelettiques.
Dans la gamme GURPS, on citera tout d'abord Scarlet Pimpernel, basé sur les romans de la baronne Orczy ayant pour héros le Mouron rouge, et qui aborde donc le sujet selon un point de vue plutôt royaliste. Mais ce n'est pas là son principal défaut : l'ouvrage est truffé de coquilles et, bien qu'il soit de facture correcte, contient quelques erreurs (peut-être pas plus que la moyenne des ouvrages de JDR, certes, mais quand il s'agit d'Histoire de France, ça a tendance à mieux se voir). Swashbucklers consacre moins de deux pages au sujet, et Age of Napoleon s'y attarde un peu plus, mais dans les deux cas, cela ne saurait justifier l'acquisition de ces suppléments.
Simulacres, dans sa version Casus Belli hors-série n° 1, proposait un scénario, La relique, accompagné d'une page d'infos historiques écrite gros.
Et c'est à peu près tout. Comme d'habitude lorsqu'on aborde un thème historique, il convient de se référer à des ouvrages sérieux, par exemple le très riche Histoire et dictionnaire de la Révolution Française de Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, chez Robert Laffont, collection Bouquins.


Article XVII : Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit inviolable et sacré ; nul ne peut en être privé comme vrai patrimoine de la nature, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.


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