Étoiles, garde-à-vous !


Les unités de marine

La IIIème République a conservé les unités de marine du Second Empire : quatre régiments d'infanterie de marine (les marsouins) et un régiment d'artillerie de marine (les bigors), constitués de troupes blanches et de troupes indigènes.
Le décret du premier mars 1890 dédouble les régiments d'infanterie de marine. Trois régiments sont formés en Indochine, un en Nouvelle-Calédonie, et deux outre-planète à partir des régiments de marche formés par les troupes s'y trouvant en garnison : le treizième régiment d'infanterie de marine, sur Mars, à trois bataillons de quatre compagnies, et le quatorzième régiment d'infanterie de marine, sur Vénus, à deux bataillons de trois compagnies (1).
L'effectif est de quatre cents hommes par compagnie (officiers compris).

L'artillerie de marine (également chargée du service du génie aux colonies depuis 1880) présente sur Mars huit batteries mixtes (quatre à pied, une montée et trois de montagne) et deux compagnies mixtes d'ouvriers d'artillerie de marine. Sur Vénus, on trouve trois batteries à pied et un détachement d'ouvriers d'artillerie de marine.

Les unités de marine ne doivent pas être confondues avec l'armée d'Afrique (en Algérie), qui est une branche de l'armée métropolitaine.
Elles ne s'appellent pas non plus troupes coloniales (2).

Longtemps, les unités de marine ont été considérées comme un corps peu glorieux, le service Cendrillon de l'armée française (3). Les saint-cyriens les moins bons s'y retrouvent, et les officiers de cavalerie considèrent ce corps comme un ramassis de voyous (4).
Il s'agit cependant de troupes de très bonne qualité militaire.

Depuis 1869 (5), les appelés sont majoritaires dans les unités de marine.
L'expansion française sur les planètes conduit à accélérer le recrutement de l'armée coloniale. En 1889, 13.000 appelés de la classe 1887 ont été versés dans les unités de marine. Cet état de fait est la cause d'un important mécontentement en métropole, et en juillet 1891 (6) sera votée la loi "Organisation de l'armée coloniale", qui ne porte en fait que sur son recrutement.

Les unités de marine dépendent du ministère de la Marine et des Colonies. (7)

L'uniforme de l'infanterie de marine est constitué d'une vareuse bleu foncé (dont les boutons de cuivre portent une ancre encâblée), d'un pantalon de drap gris bleuté passepoilé d'écarlate, et d'une capote de même couleur. Aux colonies, le pantalon est en toile blanche, et le képi est remplacé par un casque en liège.


Les troupes indigènes (tirailleurs indigènes)

Constituées d'indigènes des diverses colonies françaises, elles ont pour cadres des officiers et sous-officiers issus des troupes de marine, qui vivent souvent à l'indigène avec une femme du pays.

La discipline y est très rigoureuse, incluant des châtiments corporels, mais les règlements sont appliqués avec souplesse pour les aspects formels.

Outre une disponibilité permanente, la pratique met surtout l'accent sur l'entretien des armes et la discipline de tir.

Les soldats ne sont la plupart du temps pas encasernés, mais autorisés à vivre en famille dans des villages proches du camp militaire. En campagne, les femmes des tirailleurs sont autorisées à les suivre (elles assurent d'ailleurs une grande partie de l'intendance : préparation des repas, blanchissage, transport).

Pourquoi les tirailleurs indigènes s'engagent ils ?
Il y a la réputation des grands chefs militaires français, l'attrait pour le maniement d'armes beaucoup plus puissantes que celles en usage chez eux, la solde relativement importante, et le butin (dont l'attribution de prisonniers ennemis comme captifs, sur Mars en particulier puisque l'esclavage est fréquent chez les Martiens).

Les tirailleurs indigènes constituent 85 % des hommes de troupe, 40 % des sous-officiers, et une proportion infime des officiers (subalternes uniquement) d'un régiment indigène. Ce très faible taux d'officiers indigènes tient à deux causes principales : le manque de candidats suffisamment instruits, d'une part, et la discrimination exercée à leur égard, d'autre part. Par conséquent, les troupes indigènes ont d'importants besoins en cadres blancs, ce qui en limite les capacités de mobilisation.

Les tirailleurs indigènes vont prendre progressivement une place de plus en plus importante dans les colonies. (8)

Les tirailleurs martiens sont créés en 1889 (un régiment de quinze compagnies formant trois bataillons), les tirailleurs vénusiens en 1891 (un régiment de six compagnies formant deux bataillons). En 1894, un deuxième régiment de tirailleurs martiens sera constitué.


Les troupes martiennes

Les troupes indigènes recrutées sur Mars par les Français se répartissent en trois catégories bien distinctes :

Les tirailleurs martiens, qui forment le gros de ces troupes, sont des fantassins semblables aux tirailleurs indigènes recrutés dans d'autres colonies françaises.

Les stahames (du martien staamii), corps de fantassins d'élite, étaient à l'origine une troupe mercenaire de Martiens des canaux, qui s'engageait auprès de l'un ou l'autre camp lors des guerres entre villes martiennes dans la région située au nord-ouest de Syrtis Parva. "Recrutés" dès 1879 par les Français (sous le nom de corps auxiliaire des stahames, première unité autochtone martienne intégrée à l'armée française), ils font désormais partie intégrante (sous la forme de trois régiments en 1890) des forces françaises sur la planète rouge.

Les kragons sont des unités de cavalerie légère d'élite se déplaçant à dos de gashant. Leur nom (qui rappelle à dessein celui des dragons, autre corps de cavalerie) vient d'une déformation de kraakkuna, le nom de la tribu de Martiens des terres sèches du désert de Libye qui fournit le plus gros de ce contingent. D'abord employés comme supplétifs dans les régiments de cavalerie venant de la Terre, ils ont été regroupés en escadrons dans ces mêmes unités à partir de 1883, et forment des régiments à part entière (deux en 1890) depuis 1889. Ils sont armés du cring traditionnel, mais aussi du sabre et de la carabine des cavaliers métropolitains.


La Légion étrangère

Les critères de recrutement dans la Légion étrangère sont simples : avoir une bonne santé, mesurer au moins 1m60 de hauteur, avoir atteint 18 ans mais pas dépassé 40 ans. La durée du service est de cinq ans, avec faculté d'un rengagement volontaire pour un à cinq ans, et ensuite pour des périodes similaires.

Les premiers mois d'entrainement sont épuisants, tant sur le plan physique que sur le plan moral. Le sac à dos du légionnaire pèse 25 kg.

En caserne, la discipline est très stricte, les marques extérieures de respect omniprésentes (officiers et sous-officiers sont chaque jour salués à de multiples reprises, talons claqués, garde-à-vous à dix pas, et doivent bien entendu rendre le salut).
Les punitions sont dures et soudaines. On peut citer comme exemples la pelote (faire courir au pas de gymnastique un légionnaire portant sur le dos son sac rempli de 20 à 30 kg de pierres), ou la peine du tombeau (le légionnaire creuse un trou en forme de tombe, dans lequel il est ensuite placé, ligoté et recouvert de la toile de tente individuelle dont seule sa tête émerge ; il peut rester là plusieurs jours, condamné à l'immobilité).

La Légion étrangère ne doit théoriquement servir qu'hors de la métropole. (9)

La fête de la Légion étrangère, le 30 avril, est la commémoration du combat de Camerone (en 1863, pendant l'expédition du Mexique).

En 1890, un régiment entier de la Légion étrangère se trouve sur Mars. Il est caserné à proximité de Syrte, au quartier Danjou, que les légionnaires ont entièrement construit eux-mêmes.
Au fond de la grande cour du quartier Danjou se trouve le monument aux morts de la Légion, surmonté d'un globe martien, avec une statue de légionnaire à chaque angle.
Autour du quartier se développe progressivement une véritable ville, avec ses commerces, ses bars évidemment, mais aussi ses pâtisseries (en raison de l'origine allemande de nombreux légionnaires) ; il est même prévu qu'elle dispose d'une gare dans le futur réseau de chemin de fer.

Les légionnaires qui se sont mal conduits sur Mars (vols, bagarres, cinq ivresses consécutives ou 200 jours de prison dans l'année pour le même motif) passent sept mois dans la section disciplinaire, véritable bagne militaire situé au fort de Biir Fech, en plein désert de Libye (à proximité du canal de Triton).

Les légionnaires circulent dans les déserts martiens principalement en compagnies montées : ce sont des unités légères (deux pelotons de deux sections de voltigeurs, et un canon à balles (ou plus tard un groupe de mitrailleuses)) dans lesquelles on compte un gashant pour deux hommes. Les deux paquetages sont fixés sur la selle, et chaque légionnaire monte une heure pendant que son binôme marche en portant simplement son fusil et ses cartouches. Après une heure de marche, le titulaire (le plus ancien des deux, responsable du gashant et de son harnachement) et le doubleur échangent leurs positions, au commandement de "Changez, montez !".
Chaque binôme est pourvu de cinq bidons d'eau (deux par homme et un bidon de réserve auquel il est interdit de toucher sans ordre).
Quand une compagnie s'arrête pour l'étape, les légionnaires commencent par se retrancher : ils se disposent en carré, canon à balle (ou mitrailleuses) en batterie prêt à tirer, puis creusent une tranchée avec leurs pelles et leurs pioches, et construisent une murette d'environ 50 cm de hauteur avec les pierres trouvées. Ensuite, les hommes de corvée vont chercher eau et bois pour la cuisine.
Le menu est souvent le suivant : bouillon, buf en conserve, macaronis ou lentilles ou riz, puis fromage. La seule boisson est un quart de vin, que certains échangent à un autre légionnaire en échange d'une heure de plus sur le gashant.

Et quand les légionnaires arrivent en ville après une longue période sans femmes ni vin, il est préférable de ne pas rester dans leur passage. Le cri célèbre "À moi, la Légion !", même poussé hors du champ de bataille, annonce souvent une violente bagarre.


La gendarmerie coloniale

Destinée à accompagner les expéditions coloniales (militaires), elle est constituée de gendarmes prélevés dans les brigades de métropole ou des colonies pour constituer des prévôtés, qui assurent, au profit des unités de rattachement, les missions de police générale militaire, et suivent les troupes dans leur progression.

Une fois la position militaire solidement établie, un détachement de gendarmerie est généralement constitué. Il s'agit d'une formation temporaire, force d'occupation dont la mission principale est de consolider la conquête en assurant la sécurité générale du territoire. Répartis en plusieurs points plus ou moins isolés, ces gendarmes perdent le caractère sédentaire de la gendarmerie métropolitaine.

Quand ses effectifs deviennent suffisamment importants, le détachement s'organise sur le modèle métropolitain, avec établissement d'une légion (c'est le cas sur Mars et sur Vénus) ou le plus souvent d'une compagnie, divisée en arrondissements et en brigades (une brigade par canton).

En 1890, on compte environ un gendarme pour 100 000 habitants (colons et indigènes) sur les planètes (Mars et Vénus) (contre un pour 2000 habitants en métropole).

Un décret de 1903 instituera des auxiliaires indigènes de la gendarmerie :
"Dans les colonies ou pays de protectorat, des indigènes à pied ou montés peuvent être attachés aux brigades à titre d'auxiliaires".
Leur rôle est de faciliter les relations entre la population et de servir de guides et d'interprêtes ; ils assurent aussi la conduite et le transfèrement des prévenus et condamnés indigènes, et le service de planton. Ils doivent être âgés de plus de 25 ans, avoir servi au moins trois ans dans les corps de troupe indigènes, les équipages de la flotte ou la garde indigène, savoir lire et écrire suffisamment le français et les caractères locaux, parler et comprendre un peu le français. Ils ne sont pas assermentés, mais servent en qualité de commissionnés comme les gendarmes français.

Sur Mars, le gouverneur général créera en 1903 des brigades de gardes indigènes et des compagnies de gendarmerie indigène, sous le commandement d'officiers et sous-officiers hors cadre. Ces unités ne relèvent pas de l'autorité militaire, ne sont rattachés à aucun corps de troupe, et leur valeur militaire est proche de zéro.


Dépôts de remonte

Depuis 1888, il y a sur Mars un dépôt de remonte, qui est chargé d'acheter des montures, de les élever, et de les préparer au régime militaire.
Contrairement à ce qui se passe sur Terre, sur Mars il s'agit essentiellement, non pas de chevaux (ces animaux supportant relativement mal le transport depuis la Terre, et s'adaptant ensuite plus ou moins facilement aux conditions locales), mais de gashants.


Notes

1 : historiquement, le treizième régiment d'infanterie de marine était à Madagascar, le quatorzième à Dakar. Ici, il conviendra de décaler de deux crans la numérotation des régiments d'infanterie de marine au delà du douzième.
2 : historiquement, elles ne prendront ce nom que par la loi du 7 juillet 1900 (qui les rattache au ministère de la Guerre), et deviendront troupes de marine en 1961.
3 : A.S. Kanya-Forstner, The French marines and the conquest of the Western Sudan, 1880-1899, in J.A. de Moor et H.L. Wesseling, Imperialism and War. Essays on Colonial Wars in Asia and Africa (Leyde 1989) ; cité par Henri Wesseling, Le partage de l'Afrique, 1880-1914 (Denoël, collection Destins croisés (1996)).
4 : Henri Wesseling, Le partage de l'Afrique, 1880-1914 (Denoël, collection Destins croisés (1996)).
5 : historiquement, 1872.
6 : historiquement, en juillet 1893.
7 : en 1889, le sous-secrétariat d'État aux Colonies (créé en 1887) passe du ministère de la Marine à celui du Commerce, avant de devenir un ministère à part entière (ministère des Colonies) en 1894.
8 : historiquement, en 1914 le maintien de l'ordre dans les colonies incombait essentiellement à des troupes indigènes.
9 : historiquement, elle servit en métropole en 1870 ; et bien sûr pendant les deux guerres mondiales.


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